Combiner l’ADN circulant et les marqueurs sériques pour détecter précocement huit cancers

Par
Fabienne Rigal -
Publié le 19/01/2018
cancer biopsie

cancer biopsie
Crédit photo : Illustration by Elizabeth Cook and Kaitlin Lindsay

Des chercheurs de l’école de médecine de l’université Johns Hopkins à Baltimore (Maryland) ont mis au point une nouvelle forme de biopsie liquide, combinant l’ADN tumoral circulant et les marqueurs sériques, qui permet de détecter huit cancers parmi les plus courants. Leurs résultats sont parus dans « Science ».

Ce test sanguin, surnommé CancerSEEK, a été évalué sur 1 005 personnes atteintes d’un des huit cancers les plus communs (ovaire, foie, estomac, pancréas, œsophage, colorectal, poumon ou sein) aux stades I à III, non métastasés. Le test a en parallèle été évalué chez 850 individus contrôle.

Entre 69 et 98 % de sensibilité pour cinq types de cancer

Chez les malades, le test était positif pour environ 70 % des cas, allant de 33 % de sensibilité (pour le cancer du sein) à 98 % (pour le cancer de l’ovaire). Pour cinq des huit cancers pris en compte (ovaire, foie, estomac, pancréas, œsophage), la sensibilité est comprise entre 69 % et 98 %. La sensibilité a aussi été évaluée en fonction du stade du cancer : pour les stades II et III, elle était assez élevée (73 et 78 % respectivement), mais relativement basse pour le stade I (43 %).

Ce test est spécifique à 99 % (7 faux positifs observés). Il permet aussi de connaître le tissu d’origine du cancer (alors que les biopsies liquides précédentes permettaient seulement de savoir si un cancer était présent ou non) : pour 80 % des patients, le test permettait de réduire le résultat à deux sites d’origine possibles.

Dépister les cancers précocement est l’une des clés pour réduire la mortalité. Le but ultime de CancerSEEK est donc de détecter ces cancers avant l’apparition des symptômes. Les auteurs soulignent que des études prospectives dans une large cohorte sont nécessaires pour évaluer l’utilité clinique de ce test.

Comme l’indique au « Quotidien » François-Clément Bidard, chercheur à l’Institut Curie et professeur en oncologie médicale à l’université Versailles-Saint Quentin (qui n’a pas participé à l’étude), « beaucoup d’espoirs sont placés dans l’ADN tumoral circulant pour un dépistage précoce. »

Une étape dans ce travail consiste à obtenir une bonne performance sur des cancers déjà diagnostiqués, comme c’est le cas pour le design de cette étude. « L’intérêt majeur de cette nouvelle étude, qui est très bien faite et sur un grand nombre de patients, est de combiner l’utilisation de l’ADN circulant avec celle de marqueurs sériques, ce qui permet une amélioration du taux de détection », poursuit-il.

« Cependant, plus le cancer est avancé, plus il est facile de le diagnostiquer. Les auteurs signalent ainsi que le test est très sensible pour le cancer de l’ovaire, mais c’est un cancer qui est souvent diagnostiqué au stade III. Et comme ils l’indiquent, dans les stades I, la sensibilité est de seulement 43 % Il s’agit donc d’une approche prometteuse, mais avant de parvenir à une possible utilisation en dépistage, la route est encore très longue. »

Un coût faible ?

Les auteurs de l’étude estiment que le coût de ce test serait inférieur à 500 dollars, soit 408 euros (ce qui reviendrait moins cher qu’une colonoscopie alors qu’il dépisterait huit cancers et non un seul). « C’est là que France et États-Unis diffèrent : de riches Américains pourront se payer un test non rentable, mais la sensibilité encore faible de ce test ne permet pas d’envisager son application coût-efficace en France », précise le Pr Bidard.


Source : lequotidiendumedecin.fr