La stabilité économique n’est pas sans lien avec la santé. En 2022, la perte des contributions sociétales mondiales liée aux décès prématurés par cancer s’élève à 566 milliards de dollars (481 milliards d’euros), soit 0,6 % du produit intérieur brut mondial, calcule le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), dans une étude publiée ce 24 septembre dans the Journal of the National Cancer Institute.
Son originalité tient à ce que les chercheurs ont pris en compte à la fois le travail rémunéré et non rémunéré, par exemple, le soin apporté par les individus à leurs proches ou les charges domestiques. « Ainsi est reconnue la nature sexuée du travail non rémunéré, qui reste sous-évalué malgré son importance économique et sociale. Étant donné que les femmes continuent d'effectuer une part disproportionnée du travail non rémunéré, son intégration dans les estimations nous permet de révéler le véritable fardeau du cancer », souligne dans un communiqué la Dr Isabelle Soerjomataram, directrice adjointe de la surveillance du cancer au Circ.
L’étude s’est intéressée aux décès prématurés par cancer des individus de 15 à 64 ans dans 185 pays. En 2022, la mortalité prématurée chez les hommes a conduit à une perte de 315 milliards de dollars (267 milliards d’euros) ; et chez les femmes, de 250 milliards de dollars (212 milliards d’euros).
Sur la perte totale de 566 milliards de dollars, 305 milliards (54 %) étaient liés au travail rémunéré, 260 milliards (46 %), au non-rémunéré. Mais les proportions sont différentes selon le genre : chez les hommes, les pertes liées au travail payé représentent 65 % des pertes totales, tandis que chez les femmes, c’est le travail non rémunéré qui compte pour près de 60 % de la perte de productivité. À noter, le poids du travail non payé s’élève à plus de 40 % pour les hommes vivant dans les régions d’Europe et d’Amérique du Nord.
Les chercheurs ont aussi calculé la perte sociétale liée aux décès par cancer si l’âge de la retraite était de 70 ans : elle s’élèverait à 904 milliards de dollars (768 milliards d’euros) en 2022.
Les pays à moyens et faibles revenus particulièrement pénalisés
Les pertes sont inégales selon les pays, avec un retentissement différent selon la richesse intérieure. Ainsi près d’un tiers de la perte sociétale causée par la mortalité liée aux cancers se concentre en Asie de l’est (140 milliards d’euros), Amérique du Nord (95 milliards d’euros) et Europe de l’Ouest (59 milliards d’euros). Mais si l’on prend en compte le PIB des nations, le fardeau est plus lourd en Afrique centrale et de l’est, là où l’index de développement humain est faible. « Dans les pays à bas ou moyen niveau de revenu, même des pertes modestes de productivité peuvent avoir des conséquences importantes sur l’économie nationale », explique la chercheuse du Circ et première autrice Yek-Ching Kong. Et de souligner l’importance d’investir dans la prévention des cancers dans ces pays où les systèmes de santé sont particulièrement sous tension.
Des cancers évitables
Ceci, d’autant que les cancers qui contribuent à la perte de productivité sont évitables, grâce à une hygiène de vie sans tabac, peu d’alcool, un régime alimentaire sain, et la vaccination contre l’hépatite B, considère le Circ. Les pertes sociétales sont ainsi dues d’abord à la mortalité par cancer du poumon (75 milliards d’euros), puis du sein (47 milliards ), du foie et colorectal (42 milliards chacun)…. Et du cancer du col de l’utérus dans de nombreuses régions d’Afrique ou d’Amérique du sud et centrale.
D’autres cancers, moins fréquents mais pour lesquels les stratégies de prévention et de soins sont moins nombreuses, entraînent une perte sociétale particulièrement lourde par décès prématuré : les cancers des testicules, du cerveau, du système nerveux santé ou les mélanomes, qui touchent des personnes jeunes.
Tous ces résultats plaident pour renforcer les efforts de lutte contre le cancer, soulignent les auteurs. « Des investissements soutenus dans la prévention, le dépistage et des traitements abordables et rapides peuvent sauver d'innombrables vies. S'il est essentiel de se concentrer sur les cancers à forte prévalence, il est tout aussi important de développer des stratégies de lutte efficaces contre les cancers moins fréquents, compte tenu de leur perte sociétale significative », conclut la Dr Soerjomataram.
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