Un risque de rechute à terme

La vape fait-elle long feu ?

Par
Pascale Solere -
Publié le 23/09/2019

Les e-cigarettes favorisent l'arrêt mais une cohorte française, tout en le confirmant, met également en évidence un risque de rechute à long terme.

Crédit photo : Phanie

Une étude randomisée comparant les e-cigarettes aux autres substituts nicotiniques a récemment mis en évidence que, à 1 an, les e-cigarettes étaient associées à un meilleur taux de sevrage. Néanmoins – et sans compter la problématique de leur sécurité, assez mal explorée, qui fait l'actualité aux États-Unis après notamment un décès inexpliqué – leur usage à long terme, généralement prolongé, peut poser question. En effet, sur la durée, les e-cigarettes entretiennent la dépendance nicotinique. Or l'analyse de la cohorte française Constance (Consultants des centres d'examens de santé), si elle confirme que l'usage d'e-cigarettes est associé à une réduction du tabagisme et une augmentation du sevrage, montre par ailleurs qu'elles sont associées à une augmentation des rechutes passée la seconde année (1). Un effet rebond qui pose question.

5 400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs scrutés à la loupe

Alors que les e-cigarettes sont devenues la méthode de sevrage préférée des Français ­ – 27 % des tentatives de sevrage par e-cigarettes versus 18 % pour les substituts nicotiniques – la cohorte Constance s'est attachée à explorer leur impact sur la consommation tabagique, les chances de sevrage et le risque de rechute. Et ceci en population générale et à long terme, dans un modèle bien plus représentatif de la vraie vie loin que celui des essais cliniques.

La cohorte est issue d'un échantillon représentatif de la population française de 200 000 adultes, pioché dans les données de la CPAM et enrichi en hommes jeunes et appartenant à des groupes socio-économiques désavantagés, en général sous-représentés dans les cohortes épidémiologiques. Chaque participant a rempli un questionnaire de santé annuel et s'est rendu à une visite médicale quadri annuelle.

Parmi les 40 000 sujets inclus en 2015, 20 000 étaient non fumeurs, 6 400 fumeurs et 34 % ex-fumeurs.

L'étude s'est concentrée sur les fumeurs et les ex-fumeurs ayant arrêté après 2010 – date d'introduction des e-cigarettes en France – soit au total 5 400 fumeurs et 2025 ex-fumeurs ayant au moins 1 an de suivi. Le suivi porte sur les années 2015-2017-2018, avec un suivi médian de 2,6 ans

15 % des fumeurs et 9 % des ex-fumeurs vapotent

Dans cette cohorte, sur les 5 400 fumeurs, 822 (15 %) vapotent et 176 (9 %) des 2025 ex-fumeurs vapotent.

Les fumeurs qui vapotent, par rapport aux non-vapoteurs, sont plus souvent des hommes (51 % vs 45 %), plus âgés (46 ans vs 45 ans), plus souvent en couple (49 % vs 47 %). Ce sont aussi de plus gros fumeurs (13 vs 10 cigarettes/j ; 17,5 vs 13 paquet-années) et ils ont plus souvent tenté de se sevrer (72 % vs 69 %). Ils ont par ailleurs plus souvent des symptômes dépressifs, un antécédent de dépression ou un problème respiratoire (79 % vs 68 %).

Quant aux ex-fumeurs qui vapotent, ce sont de la même manière plus souvent des hommes que les non-vapoteurs. Ils ont ici aussi un plus haut niveau de tabagisme (passé) que les ex-fumeurs ne vapotant pas (17 vs 13 paquet-années) et plus de symptômes dépressifs. En revanche, ils ont moins de problèmes d'alcool.

Impact sur le tabagisme, le sevrage et les rechutes

Dans cette cohorte quatre items ont été analysés :

- le nombre de cigarettes/j ;

- la différence entre le nombre de cigarettes/j à l'inclusion et à la fin ;

- les sevrages (0 cigarette/j) ;

- les rechutes (≥ 1 cigarette/j).

Chez les fumeurs, l'analyse après ajustements montre que l'usage régulier d'e-cigarettes est associé à une plus grande réduction du tabagisme dans le temps par rapport aux non-utilisateurs. On est à – 4,4 vs –2,7 cigarettes/j. En outre, les chances de sevrage sont sérieusement augmentées (RR=1,67; [1,5–1,8]).

Mais, dans le même temps, chez les ex-fumeurs l'usage des e-cigarettes est associé à un surrisque de rechute (RR=1,70; [1,2-2,3]). Néanmoins, celui-ci se réduit dans le temps : il est important chez les sujets ayant arrêté à partir des années 2010, et ce n'est plus le cas pour ceux ayant arrêté après 2013. Cela pourrait être lié au fait que les nouvelles e-cigarettes délivrent des doses plus importantes de nicotine, comme en attestent les taux sanguins, ou être au fait que le suivi de ces sujets ayant arrêté plus tardivement est encore réduit. La question reste entière.

(1) Gomajee R et al. Association Between Electronic Cigarette Use and Smoking Reduction in France. JAMA Intern Med. 2019;179(9):1193-1200

Pascale Solère

Source : lequotidiendumedecin.fr