Cinq décès liés à la cigarette électronique aux États-Unis

Par Dr Irène Drogou
Publié le 09/09/2019
- Mis à jour le 14/09/2019

Crédit photo : Phanie

Cinq personnes sont décédées de troubles respiratoires graves liés à l'utilisation de la cigarette électronique aux États-Unis, ont annoncé vendredi 6 septembre les Centers for Disease Control and Prevention (CDC). Plus de 450 malades présenteraient une atteinte respiratoire rapportée au vapotage dans 33 Etats du pays.

À ce stade, les autorités sanitaires américaines n'ont pas pu identifier les marques ni les substances dans les liquides de e-cigarette susceptibles d'être responsables de troubles observés.

Un point commun a été observé néanmoins parmi ces utilisateurs de e-cigarette : nombre d'entre eux, – une large majorité, près de 80 % selon les chiffres rapportés dans « The New England Journal of Medicine », – ont consommé des liquides contenant des substances issus du cannabis, notamment du tetrahydrocannabinol (THC). C'est le cas d'au moins deux des 5 sujets décédés.

La piste de la vitamine E

Un lien possible a été établi entre certains malades et une huile de vitamine E, qui se consomme normalement en gélule ou en huile sur la peau. La vaporisation à haute température de cet additif pourrait avoir endommagé les poumons des vapoteurs.

La physiopathologie semble néanmoins plus complexe et plus hétérogène, les autorités sanitaires restant très prudentes sur le sujet. « Aucune substance ou molécule unique, dont l'acétate de vitamine E, n'a été identifiée dans l'ensemble des échantillons analysés », a expliqué Mitch Zeller, en charge des produits tabac à la Food and Drug Administration.

Les problèmes respiratoires sont d'autant plus surprenants qu'ils peuvent apparaître subitement chez des patients souvent jeunes et sans problème de santé. Dans l'Illinois, la moitié des patients avaient moins de 19 ans.

Mais une physiopathologie non élucidée à ce stade

Un constat que vient illustrer « The New England Journal of Medicine » en publiant en ligne un rapport préliminaire sur une série de 53 cas survenus en Illinois et dans le Wisconsin. Si les patients présentent tous des troubles respiratoires, souvent accompagnés de troubles gastro-intestinaux (81 %), avec des opacités diffuses bilatérales, il semble bien exister une variété de présentation des pneumopathies.

Dans l'éditorial, le Dr David Christiani de l'école de santé publique Chan à Harvard distingue plusieurs tableaux : pneumonie aiguë à éosinophiles, pneumonie organisée, pneumonie lipidique, atteinte alvéolaire diffuse et syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA), pneumonie d'hypersensibilité et pneumopathie interstitielle à cellules géantes.

Face au succès viral de la Juul aux États-Unis, protéger les jeunes

Tous les cas ne sont pas aigus, certains se développant de façon subaiguë, sur une période plusieurs jours ou semaines comme la pneumonie organisée, et le cas de pneumopathie interstitielle à cellules géantes sur une période de 6 mois.

Le médecin de santé publique rappelle que les liquides de vapotage peuvent contenir au moins 6 groupes de toxiques potentiels : nicotine, carbonyles, des composés volatils organiques (tels que le benzène et le toluène), des traces de métal selon les parfums, des endotoxines bactériennes et des glycanes mycotiques.

Encore beaucoup de questions, mais les autorités sanitaires américaines recommandent de ne pas acheter les produits vendus dans la rue et que les jeunes et les femmes enceintes ne vapotent pas du tout.

Aux États-Unis, le nombre de vapoteurs chez les jeunes était estimé à 4,9 millions fin 2018. En France, selon le Baromètre 2018 de Santé publique France, il y avait 1,7 million de vapoteurs quotidiens. Malgré une publication remarquée concluant à la supériorité du vapotage sur les substituts nicotiniques, l'OMS avait publié cet été des réserves sur la place de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique.

Dr Irène Drogou

Source : lequotidiendumedecin.fr