41 000 décès sont attribuables à l'alcool chaque année en France, selon le BEH

Par
Damien Coulomb -
Publié le 19/02/2019
alcoolisme

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Crédit photo : PHANIE

Le nombre de décès liés à la consommation d'alcool reste très élevé en France : 41 000 pour l'année 2015, selon une estimation publiée aujourd'hui dans le bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH). En 2015, l'alcool aurait causé 11 % de la mortalité adulte des hommes, soit 30 000 décès, et 4 % de celle des femmes, soit 11 000 décès.

Sur ces 41 000 décès, on compte 16 000 décès par cancers, 9 900 décès par maladies cardiovasculaires, 6 800 par maladies digestives, 5 400 pour une cause externe (accident ou suicide) et plus de 3 000 pour une autre maladie (maladies mentales, troubles du comportement, etc.). La fraction attribuable pour l’ensemble des pathologies associées à l’alcool représente jusqu’à 15 % des décès chez les 35-64 ans contre moins de 8 % pour les autres âges.

En réaction à ces chiffres, l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) a lancé un appel au gouvernement afin qu'il promeuve « une politique de réduction des risques sanitaires et des dommages sociaux enfin à la hauteur de l’enjeu ».

Dans le plan national de mobilisation contre les addictions présentées par la MILDECA présenté en janvier dernier, ne figure aucune mesure contraignante à l'encontre des producteurs et distributeurs de boissons alcoolisées. Le plan encourage en revanche l'implication des professionnels du secteur dans la prévention.

Le Pr Michel Reynaud, président de la fondation Addiction reste circonspect sur la bonne foi des industriels du secteur à participer efficacement à la prévention, dans la mesure où « leur modèle économique est fondé sur les consommateurs excessifs et les dépendants ».

Une industrie irriguée par les plus gros buveurs

C'est en effet un autre enseignement important du BEH : en se fondant sur les données du baromètre de Santé publique France, les statisticiens de l'agence, de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies et du Centre de recherche en épidémiologie et Santé des populations (CESP) ont en effet estimé que 10 % des 18-75 ans consommaient à eux seuls 58 % de la quantité d’alcool consommée déclarée en France.

En 2017, 87 % des adultes consultés ont consommé de l’alcool au moins une fois dans l’année, 21 % déclaraient avoir connu une ivresse dans l’année, et 10 % étaient des consommateurs quotidiens. C'est sur cette fraction de consommateurs quotidiens que repose donc la moitié de la consommation française. La proportion de consommateurs quotidienne a diminué de façon continue entre 1992 (23,9 %) et 2014 (9,3 %), mais n'a plus baissé depuis. À l'extrême opposé, la part des abstinents n'a pas changé en 40 ans et reste à 15 % environ.

Avec une consommation d’alcool stable depuis 2010 (11,7 litres d’alcool pur par habitant en 2017), la France se situe au 6e rang des pays les plus consommateurs d’alcool parmi les 34 pays de l’OCDE.


Source : lequotidiendumedecin.fr