ROSP : les généralistes massivement insatisfaits, la CSMF veut un toilettage, l'UFML réclame sa suppression

Par
Cyrille Dupuis -
Loan Tranthimy -
Publié le 23/05/2019
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Crédit photo : PHANIE

Pas terrible ! Pour la deuxième année consécutive, la branche généraliste de la CSMF a publié les résultats de son observatoire de la ROSP (rémunération sur objectif de santé publique), réalisé auprès de ses adhérents.

Malgré une progression des bonus versés (4 915 euros en moyenne en 2018 contre 4 621 euros en 2017, soit une hausse de 6,4  %), le dispositif ne convainc pas les quelque 500 médecins de famille ayant répondu. Près de 80 % se déclarent « insatisfaits » de la ROSP et de son montant.

Ce système de paiement à la performance, inspiré du P4P britannique, améliore-t-il les pratiques ? Là encore, c'est la douche froide. Moins d'un quart des généralistes pensent que ce dispositif permet d'améliorer la pratique, trois quarts affirmant le contraire.

La ROSP doit-elle pour autant être jetée aux oubliettes ? Quatre médecins sur dix souhaitent sa disparition, le reste des votants souhaitant la conserver « faute de mieux », ou plus rarement parce que c'est un bon outil.

Selon le Dr Mickaël Riahi, vice-président délégué à l'exercice coordonné des Généralistes-CSMF, les résultats de cette enquête restent toutefois difficiles à interpréter. Mais plusieurs éléments renforcent la défiance des médecins.

En premier lieu, plusieurs indicateurs retenus pour le calcul de la prime « ne font pas consensus ». « Diminuer la dépense médicamenteuse par les génériques ou les biosimilaires ne fait pas l'unanimité. Certains sont contre, d’autres trouvent cela naturel », résume le Dr Riahi. « Le travail effectué par le groupe intersyndical est essentiel pour refuser des critères prêtant à confusion et valider d'autres très pertinents », explique-t-il. 

Le volet « prévention » interroge. « Les médecins doivent-ils être pénalisés si leurs patientes ne font pas leur mammographie ? Ce type d'item prêtera toujours à polémique en raison de la liberté de choix des patients et la réelle signification de pourcentage de dépistages atteints », écrit le médecin.

Le mode de calcul est l'objet de critiques, notamment l'effet d'aubaine sur les grandes patientèles. Le syndicat a aussi relevé des curiosités. « Certains ont eu plus de points mais moins de rémunération. Ceci est dû au fait que l’an dernier, la clause de sauvegarde multipliait le montant d’un facteur de 1.7. Aussi, dans de nombreux cas, les médecins ont eu de meilleurs résultats, mais n’ayant plus ce facteur correcteur, ont touché légèrement moins », analyse le généraliste parisien qui ajoute une critique de taille. « Il est trop difficile de faire valoir son droit à l'erreur. C'est complexe à vérifier, et encore plus à contester. » 

Un forfait DMP ?

Points positifs : la ROSP permet au médecin de s'interroger sur sa pratique et de structurer les données du logiciel médical. Sur ces bases, le syndicat estime qu'il faut la « faire évoluer rapidement », et non pas la supprimer. 

« Le mécanisme doit être plus lisible avec des items plus consensuels. Avec tous les problèmes d'approvisionnement des vaccins, l'item du taux de vaccination antigrippale devrait pouvoir être supprimé. Diminuer la prescription d'antibiotiques, de somnifères va dans le bon sens. Sur la prévention, il faut aller davantage vers une obligation de moyens que de résultats, donc privilégier des items déclaratifs pour permettre de changer les pratiques », énumère le Dr Riahi.

Les Généralistes-CSMF proposent enfin à la CNAM de créer un forfait valorisant la création et la mise à jour régulière des dossiers médicaux partagés (DMP), à hauteur de 50 euros par patient et par an. « Cela permettra de préparer le futur volet médical de synthèse pour le DMP, souligne le Dr Riahi. Ce sera source de pertinence, d'efficience et d'économies. »

L'UFML-S dénonce le « scandale » de la ROSP

« Il est temps d’en finir avec la ROSP », clame ce jeudi l'UFML-Syndicat. « La ROSP est un échec comme dans la plupart des pays qui l’ont mis en place en termes d’amélioration d’accès au soin, d’équité dans la prise en charge des patients, et aussi en termes de dépenses publiques », assure l'organisation du Dr Jérôme Marty, mobilisée de longue date contre le paiement à la performance.

Le syndicat évoque de « graves dysfonctionnements » dans le calcul de cette prime, des calculs « non seulement partiels, biaisés mais aussi gravement manipulés ». L'organisation promet la publication prochaine de « chiffres édifiants d’un membre de notre syndicat qui est allé au bout de la contestation et qui a démonté le système de l’intérieur ».

 


Source : lequotidiendumedecin.fr