Tiers payant obligatoire ou pas ? Des patients doutent de la bonne foi des médecins

Par Marie Foult
Publié le 20/02/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
Vitale carte

Vitale carte
Crédit photo : Phanie

Quand les internautes sont perdus… voire pas du tout au courant des dernières évolutions sur le tiers payant, désormais « généralisable » et non plus généralisé, cela donne lieu à des discussions sans fin et parfois sans queue ni tête sur les réseaux sociaux.

Aujourd'hui, l'obligation légale de pratiquer le tiers payant concerne pour l'essentiel les patients bénéficiaires de la CMU-C, de l'aide au paiement d'une complémentaire santé (ACS) et ceux à 100 % (ALD et maternité). Depuis le 1er janvier 2017, le tiers payant sur la part Sécu peut également être proposé à tous les patients mais il n'est en aucun cas une obligation. 

Prochaine étape : avant le 31 mars, un rapport sur la faisabilité technique du dispositif doit identifier les publics prioritaires, annonçait Agnès Buzyn dans nos colonnes début janvier.

Les patients ont-ils conscience de ces subtilités de calendrier et de publics visés ? 

Ce n'est visiblement pas le cas de Mathilde, qui décide ce lundi de passer un « coup de gueule » sur une page Facebook du très populaire groupe « Wanted community Paris » (une communauté d'entraide et de petites annonces de 400 000 personnes), après un rendez-vous chez un praticien où elle a avancé la totalité des frais. 

« On est censé payer ou avancer uniquement la part complémentaire, écrit-elle sur le groupe. Or, certains professionnels nous font croire que soit le lecteur ne marche pas, soit que notre carte Vitale n'est pas actualisée, ainsi on doit avancer l'intégralité du paiement, et ensuite se faire rembourser avec des feuilles de soins sous trois semaines. » La patiente indique s'être déplacée dans sa caisse primaire pour comprendre le pourquoi du comment, qui ne lui a visiblement pas été expliqué. « Avez-vous déjà été confrontés à ce genre de mésaventure assez énervante ? », interroge alors la jeune femme.

Un reste à charge qui dépend du médecin « sympa ou pas »

En quelques heures, les réponses de la communauté Wanted affluent. Certains membres expliquent à Mathilde que les médecins et dentistes n'ont aucune obligation. « Le professionnel qui propose le tiers payant, il ne se fait payer que quelques semaines après son acte aussi », lui indique ainsi cet internaute.

L'argument ne convainc pas la jeune femme car les médecins « ont des primes annuelles de la part de la CPAM en moyenne évaluées à 6 000 euros pour accomplir de la paperasse », assène-t-elle en référence à la rémunération sur objectifs de santé publique (ROSP)…

« Si tu n'as pas la CMU, tu dois avancer les frais dans tous les cas, la carte Vitale sert juste à ne pas envoyer la feuille de soins, et le remboursement est fait plus rapidement du coup ! » ; « tu confonds carte Vitale et tiers payant », lui rétorquent à nouveau des membres. Mais Mathilde persiste : pour elle « la part de la Sécu est censée être déduite automatiquement… On paye uniquement la part de notre mutuelle… » ; « normalement il doit appliquer le tiers payant depuis la réforme de la loi… ».

Chacun y va de son expérience, bien que le concept même du tiers payant ne semble pas très clair. « C’est vrai que parfois je paye que 7,50 euros et parfois l’intégralité soit 25 ou 35 euros en fonction du doc », écrit une patiente. Pour un autre, « tout le monde peut prétendre au tiers payant, carte Vitale à jour ou pas », tout dépend du genre de médecin « sympa ou pas ».

« Arrêtez de vous plaindre »

Au fil des réponses, le débat se fait houleux, mais certains en profitent pour défendre les médecins : « la plupart du temps ce sont les complémentaires santé qui ne remboursent pas les toubibs, ou qui mettent un temps fou à le faire », éclaire un membre qui conseille d'aller à l'hôpital « où les médecins sont aussi performants qu'en libéral », si elle ne veut rien avancer.

« Quel est le problème d'avancer des frais où tu seras remboursée de toute façon ? », lui rétorque quelqu'un, tandis qu'un autre, visiblement agacé, fait la comparaison avec les États-Unis. « Mais arrêtez donc de vous plaindre ! Allez chez le médecin aux États-Unis, vous ne serez pas remboursés à moins de payer une mutuelle très chère, et vous paierez votre consultation 200 $! »

La patiente a-t-elle trouvé des réponses à ces interrogations ? Rien n'est moins sûr...