Pénurie médicale : la maternité de Mayenne rouvre ses portes, les usagers craignent la fermeture définitive

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 11/01/2019
maternité

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Crédit photo : S. Toubon

La pénurie de médecins anesthésistes-réanimateurs bouscule depuis deux semaines le quotidien de l'hôpital et des habitants de Mayenne, ville de 13 000 habitants du département éponyme. Dernier rebondissement : l'annonce ce vendredi par le centre hospitalier du Nord Mayenne de la réouverture anticipée de la maternité, alors que les accouchements devaient être interrompus jusqu'au 21 janvier, faute de praticiens pour assurer la prise en charge au bloc.

À la maternité, la direction de l'établissement affirme être à nouveau en mesure d'assurer « 24 heures sur 24 la couverture médicale anesthésique » et l'accouchement, les consultations et échographies, les examens de suivi, l'accueil et l'orientation des urgences, l'IVG et l'orthogénie. 

En médecine, les patients requérant une surveillance continue et relevant de l'anesthésie seront reçus à partir du 16 janvier.

L'hôpital ne cache pas son soulagement à l'idée d'être sorti de cette période de « crise », clairement liée aux difficultés de recrutement médical. Des travaux pour « consolider » à moyen et long terme l'organisation des soins en anesthésie sont engagés « en lien avec les CHU d'Angers et de Rennes », indique encore l'établissement. 

Réduire la liberté d'installation ?

C'est le 30 décembre que, faute d'anesthésistes-réanimateurs, la direction hospitalière avait décidé, en accord avec l'agence régionale de santé (ARS) Pays de la Loire, de suspendre ses activités de maternité, de chirurgie (hors ambulatoire) et de soins intensifs.

La réouverture précoce de la maternité ne satisfait pas totalement les usagers, qui se mobilisent ce samedi pour manifester leur attachement à l'établissement. Si elle ne conteste pas le bien-fondé de cette décision, Audace 53, l'association locale d'usagers à l'origine de la mobilisation, craint que l'interruption provisoire d'activité pendant ces deux dernières semaines ne se transforme, à l'avenir, en fermeture pure et simple. 

Prenant exemple sur la maternité du Blanc (Indre), Pascal Grandet, le président d'Audace 53, se méfie de cette fermeture temporaire qu'il voit comme annonciatrice d'une fermeture définitive. Selon lui, le recrutement de cinq médecins à temps plein est nécessaire pour pérenniser la maternité. 

Alors qu'elle fonctionnait avec quatre anesthésistes permanents, l'activité de la maternité repose depuis septembre sur l'intérim. Sans compter que, depuis l'application récente d'un décret plafonnant leur rémunération, les médecins intérimaires se font de plus en plus rares.

Si la maternité venait à fermer, plus de 700 naissances par an pourraient être transférées au centre hospitalier de Laval, à quelque 30 km. Une perspective inquiétante pour les usagers, qui y voit un « événement gravissime pour la pérennité de l’hôpital, l’avenir de la ville et de tout le nord du département ».

Sans réponse solide à la pénurie médicale, Pascal Grandet, n'exclut pas, à terme, la restriction de la liberté d'installation pour les médecins. « La liberté totale a fait son temps, affirme-t-il, quand la population est mise en danger, l'État doit prendre ses responsabilités ! »

 

 

 


Source : lequotidiendumedecin.fr