Médecine du travail : pour mieux soigner le « tourneur fraiseur chez Airbus », le Pr Oustric réclame du lien avec la médecine générale

Par Marie Foult
Publié le 08/03/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Co-auteur d'un rapport sur les arrêts de travail commandé par le gouvernement, le Pr Stéphane Oustric, médecin généraliste à Toulouse, était entendu ce mercredi par les sénateurs de la commission des Affaires sociales. Le professionnel, également ordinal, en a profité pour appeler à plus de lien entre la médecine générale et la médecine du travail, ainsi qu'à revaloriser du contenu de la spécialité.

Comme dans le rapport rendu fin février, le Pr Oustric plaide pour remettre le médecin généraliste prescripteur de l'arrêt de travail au cœur du trio « solidaire » avec le médecin-conseil de l'Assurance-maladie et le médecin du travail. Car le médecin de famille, qui doit appréhender le patient « dans sa globalité » avec les atteintes physiques, psychiques, sociales et environnementales est parfois démuni face au manque d'informations concernant le salarié.

« Quand on me dit "je suis tourneur fraiseur chez Airbus", je ne sais pas ce que c'est, je n'ai pas la fiche de poste sous les yeux [...]. Le médecin du travail, lui, est l'éminent spécialiste des problématiques fonctionnelles d'un poste dans une entreprise », souligne-t-il face aux parlementaires. Cette connaissance de la biomécanique, des aspects psychologiques et psychosociaux du travail, ainsi que la fiche de poste, pourrait être intégrée au dossier médical partagé (DMP), suggère le Pr Oustric. « Cela me permet ensuite de savoir ce que je peux médicalement faire ou ne pas faire », poursuit-il.

Visite d'embauche inutile

Pour le professeur de médecine générale, le contenu du métier de médecin du travail doit aussi évoluer. « Il faut valoriser sa connaissance du poste de travail, il faut des médecins qui connaissent les aspects biomécaniques, psychologiques, psychosociaux du travail », plaide-t-il.

Le salut de la spécialité – qui fait face à une démographie déclinante – pourrait d'ailleurs venir de cette évolution du métier : « Les visites d'embauche, réalisées par le médecin du travail, ne servent à rien, il n'y a aucune action de prévention [...] Vous savez combien ils sont aujourd'hui ? 4 000 ! Et dans cinq ans, il n'y en aura plus que 2 000 [...]. Il ne faut pas emboliser ce qui est rare ! »

 


Source : lequotidiendumedecin.fr