Dossier

Une spécialité pluri... courtisée

Les anestésistes-réanimateurs sont maîtres à bord

Publié le 30/05/2016
Les anestésistes-réanimateurs sont maîtres à bord

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SEBASTIEN TOUBON

« On touche à tout et cela peut paraître déroutant », reconnaît Fabien qui entame sa quatrième année d’internat. Vasculaire, digestif, urologie ORL ophtalmo, thoracique ou orthopédie, l’accompagnement des patients est une histoire de chaque instant. Il faut agir vite et bien, avec sang-froid en toutes circonstances.

« Lorsque les choses tournent mal, il convient aussi de gérer le chirurgien qui peut péter un plomb », confie ce jeune interne déjà plein d’expériences. Car les anesthésistes-réanimateurs se frottent rapidement à la réalité. « On acquiert des responsabilités avec une séniorisation possible dès le cinquième semestre en SMUR ou en remplacement dans le privé. Dans les CHU on est finalement vite livré à nous-mêmes », poursuit un de ses confrère.

Une autonomie progressive et indispensable expliquée par le Pr Hawa Keïta Meyer, chef de service d’anesthésie à l’hôpital Louis-Mourier (AP-HP) à Colombes dans les Hauts-de-Seine. « L’accompagnement des internes est primordial et il ne s’agit pas de les confronter tout de suite à des situations qu’ils ne se sentent pas capables de gérer. Rien de tel pour déresponsabiliser les gens et leur faire perdre confiance », précise le médecin, qui fait partie de l’équipe d’enseignement pédagogique du DES à Paris Île-de-France.

« Mandarinatxit »

Elle estime aussi que les relations avec les chirurgiens ont beaucoup évolué ces dernières années. « Plus confraternels, les rapports dominants et la hiérarchie se sont dissipés. » Un vrai changement lié, selon elle, à l’exigence des cinq ans de formation requise, mais aussi aux évolutions de l’organisation des blocs dans les hôpitaux. « Auparavant les blocs opératoires étaient distribués par spécialité et chaque chirurgien avait son bloc. C’est terminé, aujourd’hui on fait des blocs polyvalents partagés par tous ce qui a fait disparaître cette ancienne notion de territoire », ajoute le Pr Hawa Keïta Meyer.

Mieux considérés, les anesthésistes-réanimateurs auraient, à ses yeux, au moins quatre bonnes raisons de rester exercer à l’hôpital public. D’abord profiter de la polyvalence offerte à l’hôpital où les services sont plus gros et les établissements regroupent davantage de spécialités. Ensuite, ne pas s’éloigner du côté universitaire, de l’enseignement et de la recherche avec la possibilité d’encadrer les plus jeunes. Le Pr Hawa Keïta Meyer met aussi en avant la garantie d’un travail en équipe et insiste sur la possibilité de changer de voie lors de sa carrière. « La prise en charge de la douleur qui fait aussi partie de nos compétences peut permettre le moment venu de s’éloigner de l’urgence et des gardes pour un exercice moins contraignant », conclut-elle.

Recherche et travail en équipe garantis

Des choix qui deviennent possibles dans le privé. Les activités de recherche ne sont plus le pré carré de l’hôpital public. Pour Sébastien Bloc, anesthésiste installé depuis dix ans à la clinique Claude Galien à Quincy-sous-Sénart (Seine-et-Marne), l'accès à la recherche clinique dans le privé a été un déclic : « Les groupes de cliniques privées accentuent cette dynamique, en indexant même une partie de notre rémunération aux publications  », explique-t-il. Il pointe du doigt une autre évolution qui lui paraît changer la donne. « On retrouve l’entraide et la solidarité du travail en équipe, puisque les anesthésistes-réanimateurs se regroupent de plus en plus souvent en société. Ainsi, les plus jeunes sont assurés d’un salaire plein dès le début de leur installation et nous bénéficions chacun de plus de souplesse dans l’organisation de notre travail. »

Des associations qui ne supportent pas forcément le poids de l’investissement en matériel, souvent pris en charge par les établissements qui restent propriétaires des équipements. Un cumul d’avantages qui s’arrête là. Spontanément, le Dr Bloc évoque le revers de la médaille et précisément le risque médico-légal loin d’être neutre. L’exercice dans le secteur privé place selon lui les praticiens face à leurs responsabilités : « Les structures hospitalières publiques peuvent sembler plus protectrices, même si cela n’est plus tout à fait vrai. L’essentiel réside dans l’assurance, la confiance en soi. »

Aujourd’hui, les anesthésistes-réanimateurs sont recherchés un peu partout en France et les 433 postes offerts aux épreuves classantes nationales n’ont pas tous trouvé preneur. Ils ne sont plus que trois dans la Creuse, 11 dans la Meuse et dans le Gers et pas plus de 13 dans les Alpes de Haute-Provence. Alors, les 10 100 anesthésistes réanimateurs inscrits au tableau de l'Ordre n’ont que l’embarras du choix.

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