Envoyer des patients en bus aux urgences ? La nouvelle idée du maire d'Ychoux pour alerter sur la pénurie médicale

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 19/06/2019
- Mis à jour le 15/07/2019
Marc Ducom

Marc Ducom
Crédit photo : DR

C'est un édile qui ne manque pas d'idées provocatrices pour alerter sur les dangers de la pénurie médicale : fin 2018, Marc Ducom, le maire d'Ychoux, village de 2 200 habitants dans les Landes, faisait le buzz après avoir annoncé qu'il envisageait de publier un arrêté pour interdire à ses concitoyens de tomber malade en prévision du départ à la retraite des deux médecins de sa commune, prévu pour la fin de l'année.

Huit mois plus tard, la situation ne s'est guère améliorée, malgré le succès initial de son opération de communication qui lui avait valu d'attirer trois nouveaux médecins dans sa maison de santé créée en 2008. Las, l'édile a appris coup sur coup ces derniers mois le désistement de deux d'entre eux... « L'un, chirurgien de formation, a reculé devant les six mois de stage non rémunéré de mise à niveau que lui imposait l'Ordre des médecins, l'autre, d'origine belge, a finalement abandonné car son épouse ne voulait pas quitter sa famille à Anvers », se désole Marc Ducom. « Le troisième va arriver pour exercer tout seul et on se demande s’il va rester », poursuit-il.

C'est pourquoi le 24 mai, l'élu landais a écrit à ses administrés pour reconnaître son impuissance après trois ans de recherche. Aujourd'hui, il voit aussi d'un mauvais œil le projet de l'agence régionale de santé (ARS) qui veut rattacher sa maison de santé à une autre située 25 km plus loin. « Tant qu'on n'obligera pas les jeunes médecins à venir en zone rurale voir ce qui s'y passe, on n’est pas près de trouver de praticien », analyse-t-il.

Qualité de vie

Le maire envisage donc les solutions les plus farfelues pour « attirer l'attention des médias, quitte à engorger encore plus les urgences ». Il raconte ainsi avoir proposé à Michel Laforcade, directeur général de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, d'envoyer, par bus, les patients de son village aux urgences les plus proches à Arcachon... « Je ne sais pas si je le ferai vraiment, reconnaît-il, mais il faut bien que les 80 patients qui consultent tous les jours puissent avoir accès à un médecin. »

Plus sérieusement, l'élu est persuadé que s’il pouvait accueillir des stagiaires dans sa commune, les chances de trouver des généralistes motivés seraient plus élevées. « On est en zone rurale mais ici ils ont non seulement les patients mais aussi des cabinets tout neufs pour un loyer avantageux », vante Marc Ducom avant de mettre en avant la qualité de vie. « On est à 25 km de la plage, à trois quarts d'heure de Bordeaux, enfin on est loin d'être perdus ici. »