Dr Alexandre Sanner, médecin généraliste à Cornimont : « Il faut médicaliser les EHPAD à l’approche du Covid-19 »

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 25/03/2020

Crédit photo : DR

L’EHPAD de Cornimont (Vosges) a connu depuis le début de l’épidémie une vingtaine de décès imputables au coronavirus. Le Dr Alexandre Sanner, médecin généraliste sur ce territoire, alerte sur la « fulgurance » du Covid-19 et appelle les EHPAD à se médicaliser au maximum pour y faire face. Il insiste sur la solidarité et « l'envie d'aider formidable » des équipes dans cette période très difficile.

LE QUOTIDIEN : Comment l’épidémie s’est-elle déclenchée à l’EHPAD de Cornimont ?

Dr ALEXANDRE SANNER : On a vu un premier cas arriver il y a environ trois semaines. Un collègue médecin généraliste a eu une suspicion de Covid-19 parmi ses patients. À partir de là, en cinq jours seulement, nous avons eu plus de cinquante cas de fièvre sur les 115 résidents ! La dissémination et la contagion étaient donc déjà largement à l’œuvre.

On s’est rapidement retrouvé avec des patients atteints de pneumopathies hypoxémiantes, des états apathiques voire confusionnels, et même, pour certains, des encéphalites. Dans le même temps, 16 personnels de l’EHPAD ont commencé à présenter des symptômes et, en dehors, on a vu émerger des cas de tableaux grippaux alors qu’on était en phase décroissante de l’épidémie saisonnière.

Comment les professionnels se sont-ils organisés face à cette vague ?

Nous avons d’abord transféré certains patients vers les hôpitaux de Remiremont et d’Épinal. Mais ils étaient déjà très en difficulté en termes de lits. Et on s’est rapidement rendu compte que, de toute façon, les patients qu’on transférait à l’hôpital mouraient de la même manière que ceux qui restaient à l’EHPAD.

Alors avec les médecins du secteur et le SAMU, on a rapidement compris qu’il allait falloir gérer les patients de l’EHPAD comme à l’hôpital. Pour les malades en détresse respiratoire, nous avons fait venir les soins palliatifs. Pour ceux en déshydratation, des infirmières de nuit ont été recrutées afin de les traiter par intraveineuse.

La leçon à retenir est qu’il faut médicaliser les EHPAD à l’approche du Covid-19. Il faut un médecin coordonnateur à temps plein et des infirmières de nuit. Il faut anticiper tout cela car on court après le virus.

L’agence régionale de santé a déjà déclaré une vingtaine de décès depuis le début de l’épidémie, en temps normal on en déclare entre trois à quatre par mois. On commence à s’en sortir, mais la mortalité va probablement s’alourdir encore un peu.

Comment expliquez-vous un taux de mortalité si élevé ?

C’est l’illustration de la fulgurance du Covid-19. Mais nous ne sommes pas désarmés. Sur le terrain, un réseau de médecins libéraux très efficace s’est formé dès les premiers jours. On se coordonne aussi avec les infirmières du territoire. Le SAMU a toujours été très disponible et aidant.

Même la mairie s’emploie à rassurer et à aider les personnes les plus fragiles. Il y a une vraie solidarité à l’intérieur comme à l’extérieur de l’EHPAD. Nous n’avons pas non plus manqué de masques ni de solution hydroalcoolique. Les équipes souffrent évidemment, elles pleurent, mais elles travaillent très bien car il y a une envie d’aider formidable !


Source : lequotidiendumedecin.fr