Covid-19 : en Haute-Garonne, hospitaliers et libéraux se préparent à affronter la « vague »

Par
Béatrice Girard -
Publié le 23/03/2020

Crédit photo : Phanie

Avec 671 cas confirmés de coronavirus, 293 hospitalisations en cours, dont 86 en réanimation, et 30 décès enregistrés au 22 mars, l'Occitanie garde une courte longueur d’avance sur la propagation de l’épidémie de Covid-19, par rapport au Grand Est et à l’Ile-de-France, régions les plus touchées. 

Cette possibilité d'anticipation de quelques jours permet au CHU de Toulouse et aux médecins libéraux de Haute-Garonne de calibrer leur capacité de soins et la prise en charge des malades.

Montée en puissance de la réa

« Nous nous préparons à subir la vague sur la durée », indique Marc Penaud, directeur général du CHU, qui annonce « disposer de 400 lits d’hospitalisation dédiés au Covid également répartis entre les sites de Purpan et de Rangueil. Une capacité qui pourra monter à 740 lits cette semaine compte tenu de la déprogrammation des soins qui se met en place. »

À ce chiffre, il faut ajouter une centaine de lits supplémentaires émanant des cliniques privées de l’agglomération toulousaine. Au sein du service de réanimation, la montée en puissance est aussi rapide. « Nous disposons de 195 lits de réanimation, contre 83 en temps normal, mais serons en capacité de prendre en charge 350 patients ventilés et jusqu’à 400 si c’est nécessaire », évalue le Dr Béatrice Riu-Poulenc, responsable du service réanimation polyvalente adulte à l’hôpital Purpan.

Avec 62 patients positifs au Covid-19 hospitalisés, dont treize en réanimation et 10 en soins intensifs, le CHU a annoncé un premier décès la semaine dernière. « Une patiente de 84 ans, qui était atteinte de comorbidités et donc de fragilités et qui n’a pas été transférée en réanimation », précise le Pr Pierre Delobel, chef de service des maladies infectieuses et tropicales. 

1 000 personnels soignants formés aux soins critiques

Le CHU qui maintient la continuité des soins d’urgence uniquement pour les patients atteints d’AVC, de problèmes cardiaques et les polytraumatisés, a déprogrammé les chirurgies non urgentes. Et depuis 15 jours, il forme ses équipes en masse à la prise en charge spécifique du Covid-19. « Nous formons aux soins critiques par simulation et tout le monde passe en salle de déchoquage. 1 000 personnes sont en passe d’être formées », évalue le Dr Riu-Poulenc.

Du côté du SAMU 31, le passage au stade 3 a déjà fait tripler le nombre d’appels quotidiens (une centaine) pour des inquiétudes liées à des symptômes de Covid-19 ou des problèmes respiratoires. « Nous sommes dimensionnés pour 4 000 appels quotidiens avec une salle d’appels dédiée au Covid ; et nous ne sommes pas encore saturés », rassure le Pr Vincent Bounes, chef de service du SAMU 31. La cellule téléphonique Covid du SAMU toulousain, qui fonctionne avec l’aide d’étudiants en médecine volontaires, est active sur neuf départements d’Occitanie. 

Pic courant avril ?

Pour adapter leurs moyens, les médecins du CHU scrutent les modélisations de l’épidémie région par région. « À Toulouse, par chance, l’épidémie est en retard, mais nous redoutons une vague conséquente de malades, d’autant que les mesures de confinement ne produiront pas d’effet avant deux ou trois semaines », évalue le Pr Delobel. Les soignants envisagent le pic de l’épidémie courant avril.

Dans cette perspective, les tableaux de service sont prêts. « Pour les soins critiques, nous avons une liste avec de nombreux noms de médecins prêts à venir nous aider », explique le Dr Béatrice Riu-Poulenc.

De nombreux médecins retraités ont proposé spontanément de reprendre du service et l’hôpital demande à tous les volontaires souhaitant rejoindre l’équipe renfort Covid-19 de s’inscrire en ligne (sur www.whoog.com). 

56 unités libérales de soins spécifiques

Côté équipements, vendredi 20 mars, la préfecture d’Occitanie et l’ARS on lancé un appel au don de masques FFP2 à toutes les entreprises et particuliers disposant d’un stock significatif. Les hospitaliers évaluent aujourd’hui leur stock de 15 jours à trois semaines, permettant de garantir la protection des soignants et des patients.

Parallèlement, la médecine de ville s’organise. « Dans nos cabinets, nous avons rapidement compris la nécessité de mettre en place des unités fléchées pour les patients présentant des symptômes de Covid-19, pour que tous les autres continuent à se faire soigner », souligne le Pr Stéphane Oustric, généraliste à Toulouse et président de l’Ordre des médecins de Haute-Garonne.

De surcroît, le déploiement d’unités de soins dédiées au Covid se met en place dans tout le département avec le soutien des mairies et des collectivités locales. Ce lundi à Toulouse, quinze centres « Covid-19 » devaient ouvrir leurs portes, douze étant situés dans des salles municipales, deux dans des maisons médicales et un au centre SOS Médecins.

Ouvertes 7 jours sur 7, ces unités libérales accueillent les patients dans des plages horaires élargies (8 h à 20 h) et, d’ici à quelques jours, 56 unités de soins devraient être déployées dans le département grâce aux 600 libéraux déjà engagés dans le dispositif.

De notre correspondante Béatrice Girard

Source : lequotidiendumedecin.fr