Accusé d’abus d’AT, un médecin se dit harcelé par la caisse

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Publié le 27/06/2015

Crédit photo : Phanie

Depuis le 5 janvier 2015, le Dr A. ne délivre plus d’arrêt de travail (AT). Installé depuis plus de 15 ans à Avignon, le généraliste en a informé ses patients par une affiche placardée dans son cabinet. Une mesure radicale qu’il a prise lui-même, après avoir été placé sous la surveillance de la CNAM du Vaucluse (mise sous entente préalable) qui lui reproche de prescrire trop d’AT.

Depuis 2010, c’est la troisième fois que le médecin est confronté à cette situation. Excédé, il a décidé d’arrêter les frais, après en avoir informé l’Ordre départemental : « Stop. On se protège. Je veux bien y laisser un peu de ma santé, mais je ne veux pas y laisser ma peau. Je refuse une nouvelle fois de remplir ces papiers que je considère comme une punition. Et puis je l’ai déjà fait deux fois, ça ne sert à rien. »

Lors de son premier contrôle, en 2010, le Dr A. s’était pourtant montré conciliant. « J’étais d’accord avec la démarche. Si je fais mal mon travail, qu’on me le dise, et je corrigerai le tir, se souvient le praticien. Mais je n’ai eu aucune explication à l’issu du contrôle. »

Dans le courrier qu’il affiche dans son cabinet, le médecin se dit victime d’un « harcèlement moral continu » de la part de la CPAM du Vaucluse. Il dénonce un délit statistique sans rapport avec la réalité de sa patientèle.

Intérêt financier contre intérêt des malades
La pratique de ce généraliste paraît, il est vrai, hors norme : le nombre de jours d’AT prescrits est quatre fois supérieur à la moyenne régionale.  « Nous nous interrogeons sur le fait qu'un seul médecin capte autant d'arrêts de travail par rapport aux autres » expliquait la CPAM du Vaucluse au journal « La Provence », au début du mois de juin, dans un article consacré à l’un des patients du généraliste avignonnais.

Le Dr A. plaide la bonne foi : « Je n’ai jamais fait un seul arrêt de complaisance. J’ai une patientèle atypique, constituée en grande majorité d’ouvriers, de manutentionnaires, des travailleurs très exposés. » Surtout, il défend sa conception de la médecine : « C’est vrai, je suis un gros prescripteur. Mais il n’est pas question que l’intérêt financier passe avant la santé de mes malades » martèle le praticien.

Il confie sa colère face à l’incompréhension de la Sécu : « On a l’impression d’être traité comme un bandit. Vous recevez des courriers agressifs. Il n’y a aucun respect pour votre travail. » Quant aux commissions composées de médecins et de membres de la CPAM, « ça ne sert à rien. C’est joué d’avance », juge-t-il.

Comment les patients ont-il réagi à sa décision ? « Ils ont très bien compris » répond le praticien qui a bien conscience de la gêne occasionnée.

Le 15 juillet prochain, le contrôle de la CNAM prendra fin. Le Dr A. reprendra une activité normale, mais sous la menace d’une sanction financière en cas de récidive. Comment appréhende-t-il l’avenir ? « Je n’en sais rien. Je bosse, j’avance, je fais la médecine humaine, celle que je sais faire », répond-il.
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Stéphane Long

Source : lequotidiendumedecin.fr