Médecins, infirmiers et pharmaciens sur le qui-vive

Comment la ville prépare le déconfinement

Par
Loan Tranthimy -
Publié le 07/05/2020

Pour soigner tous les patients à partir du 11 mai, les médecins libéraux renforcent la coordination avec les autres professionnels de santé de proximité.

Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Crédit photo : S.Toubon

« Aujourd'hui, l'activité reprend doucement. Le cabinet est déjà organisé pour recevoir en toute sécurité tous les malades. Mais après le déconfinement, une partie de mon travail va consister à tester les patients. Pour cela, je vais m'organiser avec les infirmiers du secteur », explique le Dr Caroline Lheritier, généraliste installée à Ambazac (Haute-Vienne).

Contenir le rebond épidémique : c'est l'un des grands défis qui attendent les médecins de famille à partir du 11 mai. La semaine dernière, le gouvernement les a chargés de prendre en charge les patients Covid-19 mais aussi de repérer les cas contacts dans le cadre de brigades sanitaires. Pour faire face à ces nouvelles responsabilités, les médecins ont conscience qu'ils ne peuvent agir seuls dans leur coin. « Notre travail de tous les jours ne va pas vraiment changer. Nous allons recevoir des patients, diagnostiquer et prescrire des tests le cas échéant. Mais en dehors du cabinet, nous devons mieux nous coordonner avec les infirmiers pour effectuer les tests ou le suivi à domicile des patients Covid », explique le Dr Jacques Battistoni, président de MG France.

Tournées Covid

À Paris, le Dr Agnès Giannotti est prête pour cette mission. « J’appartiens déjà à une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) qui a déployé des tournées Covid d'infirmières pour assurer les prélèvements à domicile », affirme la généraliste. Infirmière libérale dans le Vaucluse et présidente du SNIIL (Syndicat des infirmiers et infirmières libéraux), Catherine Kirnidis le confirme : « Les infirmiers sont mobiles et peuvent rapidement s'organiser pour faire les prélèvements dans leur cabinet, à domicile pour les cas groupés ou dans les villages où il n’y a pas de laboratoires de biologie. Le seul bémol reste le retour d'informations vers les médecins. Il n'y a pas encore de système d'information partagé ».

Les médecins peuvent aussi compter sur les pharmaciens, très investis depuis le début de l'épidémie. Selon Gilles Bonnefond, président de l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), « le pharmacien aura surtout un rôle d'information et d’explication aux patients sur l’intérêt du dépistage. Les malades doivent être rassurés pour accepter par exemple de répondre aux enquêtes des brigades sanitaires ».

Dans cette période trouble, les médecins libéraux ne doivent pas oublier les patients non Covid, en particulier les plus fragiles. Là encore, la coopération interprofessionnelle peut faire la différence. « Nous avons vu beaucoup de stress, d’inquiétude chez des patients qui n’ont pas vu leur docteur depuis plusieurs semaines. C'est aussi notre rôle de repérer ces malades et de les inciter à retourner rapidement voir leur médecin », analyse Dominique Jakovenko, infirmier à Saint-Christol-lès-Alès (Gard).

Pour rattraper un éventuel retard, le Dr Luc Duquesnel, président des Généralistes-CSMF, va plus loin et propose d'organiser « des consultations de déconfinement » pour établir un bilan de santé complet de ces patients sortis trop longtemps des radars médicaux. Cette consultation « longue » pourrait être effectuée de façon conjointe avec l’infirmière du patient ou dans le cadre d’une téléconsultation, toujours assistée d’un infirmier. « Les médecins vont redécouvrir certains patients qu'ils n'auront pas vus depuis trois ou quatre mois, leur accorder ce temps long m'apparaît plus qu'essentiel », conclut le Dr Duquesnel.

Loan Tranthimy

Source : Le Quotidien du médecin