L'ex-anesthésiste Frédéric Péchier a admis que la première des 30 victimes qui lui sont imputées avait bien été empoisonnée, tout en continuant à nier en être à l'origine, lundi 29 septembre devant la cour d'assises du Doubs.
Au début de la quatrième semaine de ce procès hors norme, l'ancien anesthésiste star de Besançon a été interrogé sur les deux premiers décès qui lui sont reprochés, en octobre 2008 à la clinique Saint-Vincent. L'accusation le soupçonne d'avoir pollué des poches de perfusion de patients avec des produits anesthésiques ou du potassium pour nuire à ses collègues avec lesquels il était en conflit.
Damien Iehlen, 53 ans, est mort le 10 octobre 2008 à la clinique Saint-Vincent de Besançon où il était venu se faire opérer d'un rein. Son autopsie a permis de relever dans son sang un taux très élevé de lidocaïne, un anesthésique local. Selon les experts, de la lidocaïne avait été introduite préalablement dans une poche de perfusion utilisée pour son endormissement.
Un empoisonnement ? « Tout à fait »
La présidente de la cour d'assises a demandé à Frédéric Péchier s'il admettait que Damien Iehlen avait été victime d'un empoisonnement. « Tout à fait », a répondu calmement l'accusé, qui avait jusqu'à présent toujours contesté cette hypothèse, préférant celle d'une possible erreur médicale de sa collègue chargée de l'anesthésie.
Pourquoi un tel revirement ? Au début de l'enquête, « ça me paraissait totalement aberrant l'idée de polluer une poche », a-t-il répondu, expliquant avoir finalement été convaincu par un expert lors de l'audience. « Je n'ai pas d'explication, si ce n'est que quelqu'un a mis les flacons de lidocaïne dans la poche. Et ce n'est pas moi », a soutenu l'accusé, qui a toujours contesté avoir empoisonné des patients.
En revanche, le Dr Péchier a contesté l'hypothèse d'un empoisonnement pour Suzanne Ziegler, deuxième patiente sur la liste des 30 empoisonnements qui lui sont imputés, décédée cinq jours seulement après M. Iehlen.
Deux premiers experts entendus vendredi n'ont pas voulu se prononcer sur l'origine de son décès. Les docteurs Alain Miras et Matthieu Biais ont au contraire, lundi, été beaucoup plus tranchés en faveur de l'hypothèse d'une intoxication à la lidocaïne, a relevé la présidente de la cour.
Frédéric Péchier est jugé depuis le 8 septembre pour 30 empoisonnements de patients âgés de 4 à 89 ans, dont 12 mortels, dans deux cliniques privées de Besançon entre 2008 et 2017. L’ancien médecin anesthésiste-réanimateur comparaît libre, mais encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu le 19 décembre.
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