Pas de numéro de téléphone, de créneaux en ligne ni de secrétariat médical. Quant à son adresse, elle reste un secret bien gardé par la trentaine de blouses blanches qui font tourner ce drôle de cabinet médical d’Angers (Maine-et-Loire) ! En tant que patient, accéder à cette structure de santé atypique réclame de remplir des conditions précises : après un appel au 15 ou au 116-117, le besoin médical est évalué par le Samu du CHU d’Angers et, dans le cas d’une orientation vers une consultation de médecine générale pour les patients n’ayant pas de médecin traitant, ces derniers sont adressés dans ce fameux cabinet.
Environ 450 patients ont poussé la porte de l’établissement depuis son ouverture, le 23 décembre 2024. L’initiative est portée par l’Association des professionnels de santé angevins (APSA), présidée par le Dr Olivier Leroy. Sur les 57 médecins membres, une trentaine de généralistes se relaient sur la base du volontariat pour assurer des vacations de trois heures au sein du cabinet, actuellement ouvert 4 jours sur 7. « Il s’agit d’une forme de cabinet secondaire, nous restons des libéraux rémunérés à l’acte », détaille le Dr Leroy, généraliste installé à Angers. Un dédommagement financier est prévu pour prendre en compte les frais de déplacement et le temps investi.
Une enveloppe de 250 000 euros a été débloquée par l’ARS Pays de la Loire pour la durée de l’expérimentation de 18 mois, qui court jusqu’en juin 2026. Selon son initiateur, la structure est à l’équilibre financier. Malheureusement, les médecins ne sont pas assez nombreux pour que le cabinet soit ouvert 6 jours sur 7, comme le souhaitait le Dr Leroy.
« Une réponse unique et simple aux SAS »
À l’origine de son projet, il y a une lassitude à dire non. Le Dr Leroy n’en pouvait plus de décevoir plusieurs nouveaux patients par jour en refusant d’être leur médecin traitant. Il a réfléchi à une solution palliative : un cabinet pensé pour les personnes éloignées du système de santé. La Caisse primaire d’assurance-maladie estime que 28 000 patients seraient sans médecin traitant à Angers et 40 000 à l’échelle de l’agglomération angevine.
« Nous voulions également constituer une réponse unique et simple au service d’accès aux soins (SAS) », précise le médecin. De fait, il est plus facile pour les régulateurs de contacter le cabinet secret, bien identifié comme étant dédié aux patients sans médecin traitant, plutôt que chacun des 150 généralistes installés dans la ville. Pour autant, le Dr Leroy ne souhaite pas que la structure devienne un centre de soins non programmés sans régulation préalable, ni un nouveau mode d’exercice. D’autant que les horaires d’ouverture sont très variables car ils dépendent des disponibilités des médecins et de leur organisation dans leur cabinet principal.
« L’initiative a été pensée comme une réponse à une problématique de santé publique et pas comme une nouvelle façon d’exercer la médecine, explicite celui qui fermera son cabinet personnel et le cabinet secret dans le cadre du mouvement de grève de janvier 2026. Nous tentons d’identifier sur le territoire les médecins généralistes capables de recevoir les patients au long cours. » Et la démarche fonctionne : une trentaine de patients avec des pathologies lourdes ont retrouvé un médecin traitant, selon le Dr Leroy. Une solution concrète à des problèmes bien réels.
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