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Peut-on compter sur les cliniques pour désengorger les urgences publiques ?

Publié le 26/09/2019
Peut-on compter sur les cliniques pour désengorger les urgences publiques ?


SEBASTIEN TOUBON

Depuis la présentation en grande pompe de son « pacte de refondation des urgences » le 9 septembre dernier, Agnès Buzyn ne lâche plus le dossier. La ministre est omniprésente sur le sujet. Mais paradoxalement, elle est jusqu’alors restée silencieuse quant au rôle attendu des cliniques. Pourtant, les établissements privés affichent fermement leur volonté de peser dans cette réforme. Mais en ont-ils les épaules ?

Le secteur manque cruellement de notoriété. 67 % des Français ignorent l’existence de services d’urgences privés*. Alors que l'hôpital est traversé par une crise sans précédent, ce qui peut passer pour une faiblesse des cliniques est au contraire une force, les urgences privées n'étant pas en tension, contrairement à leurs homologues du public, assure Lamine Gharbi, président de la Fédération de l'hospitalisation privée (lire ci-contre).

Les 121 services d’urgences privés de France (l'hôpital en compte 473) enregistrent environ 3 millions de passages par an sur un total de 21,4 millions. Sur le papier, ils offrent aux patients une prise en charge similaire à celle qu’ils pourraient trouver ailleurs mais avec de meilleures conditions de prise en charge sans reste à charge, les 948 médecins urgentistes ayant interdiction de prendre des dépassements d’honoraires – mais obligation de pratiquer le tiers payant intégral. C’est une condition sine qua non à l’attribution d’une autorisation d’activité.

Pas d’appréciations partisanes

Car peu importe le statut de l’établissement, ce sont toujours les agences régionales de santé (ARS) qui accordent, territoire par territoire, le sésame essentiel à l'ouverture d'un service. Une situation jugée injuste par les cliniques qui accusent les tutelles régionales de favoritisme envers le public. À la tête de 27 urgences privées, Thierry Chiche, président exécutif du groupe français Elsan, numéro deux du secteur, se dit « étonné par cette pratique ». Il témoigne : « Aujourd’hui, on a même des services remis en cause par certaines ARS au motif de centraliser les urgences sur un seul centre hospitalier public ». Pour le responsable de 48 ans, le piston fonctionne aussi dans la régulation médicale. « Les adressages par les SMUR et par les Centres 15 se font quand même principalement vers l’hôpital public », regrette-t-il.

Une série d’accusations dont se défend le Dr Jean-Yves Grall, directeur de l’ARS Auvergne-Rhône-Alpes et ancien cardiologue : « Il n’y a pas de favoritisme, les autorisations répondent au schéma régional de santé établi tous les cinq ans sur la base d’un cahier des charges, tout ceci est un système réglementaire qui ne souffre pas d’appréciations partisanes. »

Interrogée par « Le Quotidien », Agnès Buzyn se veut rassurante sur ce point… Tout en bottant en touche. « Il n’y a ni une volonté de faire rentrer absolument le privé dans les urgences, ni une volonté de l’exclure », a-t-elle déclaré le 19 septembre, en marge du lancement de trois ateliers sur les urgences auquel étaient conviées les cliniques. La ministre de la Santé assure vouloir développer sur les territoires des coopérations entre hôpitaux, médecins libéraux et cliniques. « Le privé est présent, il offre des possibilités et il sera pris en compte dans les organisations territoriales », promet-elle.

Développer des alternatives

Peut-on pour autant compter sur le privé pour désengorger les urgences publiques ? Frédéric Valletoux n'y croit pas. Le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) estime qu’en l’état actuel des choses, le secteur privé « n’assume pas la totalité des missions de l’urgence ». Le maire de Fontainebleau conteste le chiffre de 121 services avancé par la FHP. « Il en existe beaucoup moins si on compte uniquement ceux qui sont ouverts 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 et qui accueillent l’ensemble des patients », tacle-t-il.

Car faute d’autorisations, plusieurs cliniques développent des centres de soins non programmés, structures sans rendez-vous, pilotées par des généralistes libéraux et traditionnellement ouvertes entre 8 heures et 20 heures, pour essayer de capter une part de la patientèle hospitalière. « Depuis plusieurs années, on essaye de développer des alternatives aux urgences », explique le Dr Emmanuel Briquet, urgentiste et directeur de la stratégie médicale du groupe de cliniques Vivalto santé. Dernier exemple en date : le projet d'ouverture l'année prochaine de quatre centres de proximité avec des généralistes salariés de Ramsay Générale de santé. En attendant le prochain cycle de schémas régionaux de santé (2023-2027), c’est peut-être là une opportunité pour le secteur privé de montrer sa force et sa capacité à secourir les urgences publiques.

* Étude réalisée par Viavoice pour la FHP en octobre 2017 auprès d’un échantillon de 1 019 personnes représentatif

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