Installée depuis 1964 dans l’Est parisien, ayant accompagné des milliers de femmes sur plusieurs générations, la maternité emblématique des Lilas (Seine-Saint-Denis), pionnière des méthodes « d’accouchement sans douleur », fermera définitivement ses portes ce vendredi 31 octobre 2025, provoquant tristesse et désarroi des patientes et du personnel.
Parmi les raisons avancées par l’ARS Île-de-France, la perte de la certification de la maternité par la Haute Autorité de santé (HAS) le 15 janvier pour « conditions de sécurité non optimales » et une probable cessation de paiements par l’association Naissance, gestionnaire de l’établissement.
Mais pour Fatmé Loiseau, sage-femme aux Lilas depuis 35 ans et élue Sud, le manque de médecins titulaires, réfractaires à venir s’installer « dans une maternité menacée de fermeture depuis des années » est aussi à prendre en compte dans la décision de l’ARS. Pour ne rien arranger, la maternité a subi une division de moitié de son activité ces cinq dernières années : en 2019, l’ARS comptabilisait près de 1 400 accouchements, pour à peine plus de 700 en 2024.
Aucune reprise possible
« Personne n’a voulu nous reprendre tels que nous sommes », regrette la Dr Zahra Shah Karami, gynécologue obstétricienne présidente de la CME et déléguée CFE-CGC à la maternité des Lilas. La décision met fin à plus de 15 ans d’incertitude et de lutte pour conserver le statut d’établissement privé à but non lucratif et d’intérêt collectif (Espic).
La maternité des Lilas, dotée de 19 chambres et 4 salles de naissance (dont une avec baignoire) ainsi qu’un centre d’IVG, était particulièrement réputée pour ses accouchements physiologiques. Cette petite clinique engagée est l'une des premières en France à avoir pratiqué les méthodes d’accouchement sans douleur venues d'URSS et à avoir milité pour la légalisation de l'avortement avant la loi Veil de 1975. Elle a longtemps fait figure d’établissement féministe pionnier engagé pour les droits LGBT. Une identité chère aux équipes de la maternité qui refusent d’abandonner leur projet médical.
Mais aucune des pistes envisagées par l’ARS Île-de-France n’a pu aboutir à un accord entre les différentes parties. Entre autres, le projet de reconstruction de la maternité sur l’ancien site de l’usine Güterman, gelé par l’ARS en 2011, puis un adossement à la clinique Floréal à Bagnolet, qui s’est soldé par un refus catégorique par le personnel d’une « privatisation de la médecine ».
Projets inachevés
Une démarche de rapprochement avec la maternité de niveau 3 de Montreuil avait aussi été amorcée « mais les professionnels des Lilas ont estimé collectivement que les conditions architecturales et d’organisation ne pourraient pas leur permettre de poursuivre leur filière physiologique », a expliqué en juillet Denis Robin, directeur de l’ARS d’Île-de-France, dans les colonnes du Parisien.
Ces différents projets inachevés ont coûté « beaucoup d’argent » dans des plans d’architecture, des frais d’avocat, de communication, « pour rien à chaque fois », regrette Fatmé Loiseau.
C’est avec la maternité de niveau 2b de Tenon (AP-HP) qu’ont eu lieu les dernières discussions quant au développement d’une filière physiologique commune, mais celles-ci n’ont pas plus abouti. « Ils voulaient faire une filière physiologique en reprenant le moins de personnel possible, poursuit la sage-femme. L’accouchement physiologique comme on le pratique aux Lilas nécessite avant tout de la présence humaine. »
Les dernières arrivées veulent faire une fête de départ, nous, on a plutôt le cœur aux funérailles
Dr Shah Karami, gynécologue-obstétricienne
Un centre de santé pour les femmes
Sans solution de redressement, le licenciement des 85 salariés ETP sera effectif le 31 octobre. L’ARS assure que « l’AP-HP s’engage à examiner les candidatures des salariés de la maternité des Lilas pour ses recrutements et la constitution des équipes nécessaires », en particulier pour renforcer les équipes de la maternité de Tenon. C’est en partie vers celle-ci que sont redirigées les dernières parturientes.
Pour pallier cette fermeture, l’ARS et la mairie des Lilas font la promesse d’« un centre de soins pour la santé des femmes et des mères, qui assurera le suivi des femmes avant et après l’accouchement » sur l’emplacement de l’actuelle maternité. Sont prévus « l’accueil spécifique des personnes transgenres », des compétences dans « le traitement de l’endométriose », un planning familial et un centre pour effectuer les IVG, mais pas de salle de naissance ni de plateau technique.
Alors dans les bâtiments, ces derniers jours sont précieux pour l’équipe médicale, en particulier pour « les anciens » dont certains comptent des décennies de service au sein de la maternité des Lilas. « Les dernières arrivées veulent faire une fête de départ, nous, on a plutôt le cœur aux funérailles », confie la présidente de la CME, en poste depuis plus de 20 ans. Comme elle, plusieurs membres du personnel ont annulé leurs vacances d’octobre, espérant « profiter jusqu’au bout ».
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