Palmarès des hôpitaux et cliniques 2018 : Toulouse et Saint-Grégoire en tête, le SAMU pointé du doigt

Par Martin Dumas Primbault
Publié le 23/08/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
chu de toulouse

chu de toulouse
Crédit photo : AFP

On prend les mêmes et on recommence, ou presque. Le classement annuel des 50 meilleurs hôpitaux et cliniques de France publié ce jeudi 23 août par « Le Point » consacre cette année peu ou prou les mêmes établissements qu'en 2017.

On retrouve sur le podium les trois CHU sacrés l'année dernière. Seule différence, Toulouse vole la première place à Bordeaux. De son côté, Lille conserve la médaille de bronze devant les Hôpitaux universitaires de Strasbourg et la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique - Hôpitaux de Paris).

Dans son ensemble, le palmarès est cannibalisé par les CHU qui occupent les 26 premières places. Sur les sept établissements privés à but non lucratif qui figurent au tableau, les Hôpitaux Privés de Metz sont les mieux classés (32è).

Même constat côté privé. Le CHP Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine, groupe Vivalto Santé) est sacré champion pour la neuvième année consécutive. Ses poursuivants directs restent inchangés mais se sont livrés à un jeu de chaises musicales. L'hôpital privé du Confluent (Nantes) chipe la médaille d'argent à la clinique Jean-Mermoz (Lyon) désormais quatrième du classement juste derrière la polyclinique de Courlancy (Reims). Seule la clinique de l'Anjou (Angers) est éjectée du top 5 au profit de la polyclinique de Limoges.

La méthodologie ? Pour figurer au classement, les hôpitaux et cliniques doivent fournir un service médical et chirurgical complet. Ensuite, les bases de données du programme médicalisé des systèmes d'information (PMSI) de plus de 25 millions de dossiers médicaux sont passées au crible. En tout, 70 pathologies sont analysées pour les hôpitaux et 44 pour les cliniques. Enfin, un questionnaire est envoyé à tous les établissements afin d'obtenir des informations qualitatives notamment sur le personnel et l'équipement.

Focus sur le SAMU

Surfant sur l'émoi suscité par le décès d'une jeune femme après un défaut de prise en charge par le SAMU de Strasbourg, « Le Point » s'est penché pour la première fois sur les centres d'appels du 15. À partir des bases de données 2016 de la statistique annuelle des établissements de santé (SAE), l'hebdomadaire a classé 94 SAMU (sur un total de 101) en fonction de trois critères : les appels décrochés, les appels décrochés en moins d'une minute et le nombre moyen d'appels par opérateur et par heure.

Résultat, seulement quinze SAMU peuvent se targuer d'un taux d'appels décrochés de 100 %. Parmi eux, deux bons élèves (Orléans et Verdun) parviennent à 100 % de réponse dans la minute. Plus alarmant, l'hebdomadaire met en avant le chiffre de 4,6 millions d'appels non pris en compte par les opérateurs du SAMU en 2016, soit un appel perdu sur six. Pourtant, les recommandations de l'association professionnelle SAMU-Urgences de France (SUDF) sont claires : elle souhaite que tous les centres d'appels affichent un taux de décrochage de 99 % minimum. Loin du compte, le palmarès du « Point » ne recense que vingt SAMU centre 15 qui affichent un tel résultat.

L'AP-HP conteste les chiffres

Devant la gravité apparente de ces chiffres, les représentants du secteur se sont empressés de réagir. Le Dr François Braun, patron de SUDF a relativisé. « Dans cette masse d'appel, il y a certainement des personnes qui n'arrivent pas à joindre le SAMU mais il y a aussi tous les appels de poches, toutes les erreurs, toutes les fausses numérotations », a-t-il déclaré ce jeudi matin au micro de RTL. De son côté, le Dr Agnès Ricard-Hibon, directrice du SAMU 95, tente de rassurer. Les 4,6 millions d'appels manqués ne sont pas autant de patients laissés pour compte. Quand ils n'arrivent pas à joindre le SAMU, « ils rappellent, téléphonent aux pompiers, viennent directement aux urgences », a indiqué dans les colonnes du « Point » celle qui est aussi présidente de la Société française de médecine d'urgence (SFMU).

Affublé d'un taux de décrochage de 49,8 %, le SAMU de Paris compte parmi les plus mauvais élèves du palmarès. Sans toutefois revendiquer l'excellence, l'AP-HP conteste ce chiffre. Elle rejette la méthode de calcul qui considère comme non décroché un appel inférieur à 15 secondes. Selon le premier CHU de France, ces courts appels sont imputables à des erreurs, particulièrement fréquentes dans la capitale. Prenant en compte cela, l'AP-HP réévalue à 76 % le taux de décrochage du SAMU 75.

Le débat sur le numéro unique relancé

Dans la foulée de la publication du palmarès, le Dr Patrick Pelloux, président de l'Association des médecins urgentistes de France (AMUF), s'est lui aussi fendu d'une réaction. « On n'apprend rien », a taclé l'urgentiste. Il en a profité pour dégainer une fois de plus l'argument du numéro unique. « Des tas de pays européens n'ont qu'un seul numéro d'urgence, c'est vers cela qu'il faut se diriger », a-t-il plaidé. Et d'ajouter, « la modernité dans les urgences est à travailler en coopération entre les différents services », regrettant « une confrontation délirante » entre pompiers et SAMU.

Sans surprise, cette proposition n'est pas du goût du premier syndicat de médecins libéraux. « Tout regrouper sur un seul numéro unique (fusionnant le 15 et le 18) ne ferait qu’accroître les difficultés actuelles », s'est exprimée la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF) qui propose depuis longtemps déjà la mise en place d'un numéro de permanence des soins pour « éviter de noyer tous les appels et de retarder la prise en charge des urgences vitales ».