Dossier

Aux assises nationales hospitalo-universitaires à Poitiers

Les CHU ont 60 ans, quels défis pour demain ?

Publié le 13/12/2018
Les CHU ont 60 ans, quels défis pour demain ?

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SEBASTIEN TOUBON

« L'hôpital de demain doit être tout autre chose que l'hôpital d'aujourd'hui. Et, viendra bientôt le jour où l'on regrettera ces grandes bâtisses de pierre dont on ne saura plus très bien l'emploi, comme on regrette déjà les sanatoriums de nos montagnes ».

Ces mots prononcés en 1973 sont ceux du Pr Robert Debré, à l'origine des ordonnances éponymes qui, en 1958, donnèrent naissance aux CHU autour d'une triple mission (soins, enseignement et recherche). Les CHU fêtent aujourd'hui leurs 60 ans et la critique prophétique de leur inspirateur est plus que jamais d'actualité.

Comment réformer un modèle aussi hétérogène ? À Paris, l'AP-HP regroupe 12 groupements hospitaliers et un quart des moyens de l'ensemble des CHU. À Metz et Orléans, il n'y a pas d’université stricto sensu. Auvergne-Rhône-Alpes compte quatre CHU, dont deux – Saint-Etienne et les HCL à Lyon – à une heure de route. Le budget du CHU de Nîmes est 16 fois plus petit que celui du CHU francilien... 

En janvier, un rapport du Sénat déplorait une « pratique largement déformée » du triptyque des missions historiques confiées aux CHU « au profit de l'activité de soins, qui mobilise la majeure partie de leurs ressources humaines, de leurs moyens (...) ». À l'heure de la diversification des lieux de stage, le monopole des CHU dans la formation est remis en question. En matière de recherche médicale, la France a été « doublée » par les Pays-Bas et la Chine, constate la Cour des comptes.

Dans ce contexte, pas question pour les 32 CHU de subir l'obsolescence programmée. Ce défi mobilisera les 16e assises nationales hospitalo-universitaires à Poitiers, où sont attendus 300 congressistes aujourd'hui et demain. À la demande du gouvernement, les six conférences de CHU (directeurs généraux, doyens de médecine, de pharmacie et de chirurgie dentaire, présidents de CME et d'université) remettront un rapport sur le CHU de demain, autour de propositions structurées en cinq chapitres : la gouvernance, le territoire, les hommes, la formation et la recherche. 

Téléportation des PU-PH

Sans être aussi jusqu'au-boutiste que le Pr Guy Vallancien, pour qui le modèle a vécu (lire ci-contre), les conférences partagent cette évidence : le CHU doit se réinventer sous peine de tomber en désuétude.

Pour éviter le syndrome de la tour d'ivoire, l'ouverture sur la ville et sur les autres établissements de santé est jugée « essentielle ». Mieux : le CHU doit « disséminer » son savoir et son expertise dans ses trois domaines d'action : le soin, l'enseignement et la recherche. Ce principe sous-tend l'une des propositions phares du rapport : la création de « réseaux de CHU ». « La réforme des CHU réclame de revoir leur organisation, en prenant en compte leur histoire et les partenariats médicaux en cours, explicite le Pr François-René Pruvot, à la tête des présidents de CME de CHU. On envisage deux types de réseaux : l'un porté par un CHU leader et deux ou trois CHU satellites ; l'autre avec des établissements de même valeur mais qui ne font pas la même chose. On ne peut pas avoir de l'immunologie de pointe partout ! » L'enseignement suivrait la même logique de rayonnement et de « téléportation » de PU-PH « projetés » dans les territoires. 

Pas question de supprimer les 32 CHU, mais de les regrouper en 13 faisceaux d'établissements – chiffre à arrêter – , à l'instar des nouvelles régions. Les ressources humaines médicales seraient pilotées par une instance supra-CHU. Les conférences y voient une solution à la pénurie médicale et une source d'attractivité auprès des jeunes médecins, qui manifestent une appétence pour le travail multisite et les carrières évolutives (lire page 5). 

La bi-appartenance à l'hôpital (le « H ») et à l'Université (le « U ») doit être renforcée. « Aujourd'hui, on trouve à la tête d'un CHU un directeur d'hôpital et c'est tout, déplore le Pr Jean Sibilia, président des doyens de médecine. Il faut réuniversariser le CHU par une codirection ! » Pour pousser les jeunes à embrasser la carrière hospitalo-universitaire jugée « précaire », les conférences défendent deux nouveaux statuts : un « universitaire junior », intermédiaire entre le chef de clinique et l'hospitalo-universitaire, en remplacement du statut de MCU ; et un « professeur assistant » à durée négociable. À la fin de ce contrat, l'aspirant pourrait concourir au statut d'hospitalo-universitaire ou de praticien hospitalier. 

Tigres de papier

Une telle refonte commande des financements et, sur ce point, l'inquiétude demeure. La campagne tarifaire 2019 comportant aussi les missions d'enseignement, de recherche, de référence et d'innovation (MERRI), que les conférences aimeraient « sanctuariser », est loin d'être bouclée. Fragilisés par l'endettement financier et la pression budgétaire, plusieurs CHU ont des allures de tigres de papier. Demain, Agnès Buzyn devrait rassurer le secteur en confirmant la place centrale des CHU sur la carte sanitaire. Elle rappelera aussi avoir dégelé début décembre 415 millions d'euros pour l'ensemble des établissements. Suffisant pour une révolution ? 

 

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