« Inadmissible », « inacceptable » : le record de médecins agressés en 2018 consterne la profession qui en appelle au gouvernement

Par Anne Bayle-Iniguez
- Publié le 05/04/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Le bilan ordinal de l'Observatoire de la sécurité des médecins, qui a dévoilé jeudi 4 avril le triste record de 1 126 incidents déclarés par les praticiens en 2018 (agressions, menaces, vols, dégradations), a provoqué de vives réactions au sein de la communauté médicale. Plusieurs représentants de la profession réclament une action forte du gouvernement pour sécuriser le quotidien des libéraux. 

L'inquiétude des médecins est d'autant plus forte que les chiffres de l'Ordre sont, aux yeux des syndicats, encore loin de la réalité. « Les médecins n'ont pas dans leurs habitudes de déclarer des agressions, voire de porter plainte », recadre la CSMF. La centrale du Dr Jean-Paul Ortiz dénonce une « situation inadmissible » et insiste sur la nécessité de protéger le métier par plusieurs mesures : doter les cabinets de boutons d'alarme ou de caméras de vidéosurveillance ; identifier comme « prioritaires » les numéros de téléphone fixes et portables des médecins auprès de la gendarmerie et de la police ; déployer un numéro unique pour faciliter le dépôt de plainte et l'accompagnement psychologique en post-agression ; ne pas laisser seul le médecin de garde lorsqu'il se déplace en zones sensibles. « Le soutien à l'installation en libéral des jeunes médecins passe aussi par la garantie de conditions d'exercice sécurisées », insiste la CSMF. 

Escalade pour le SML

Le Syndicat des médecins libéraux (SML) s'inquiète de « l'escalade inacceptable » de la violence qui risque d'agir « comme un repoussoir supplémentaire à l'installation » auprès de la jeune génération médicale. Très critique, la centrale prône « l'état d'urgence » pour les médecins libéraux et demande un rendez-vous « dans les plus brefs délais » au Premier ministre Édouard Philippe.

Le SML présente lui aussi une liste de doléances pour améliorer les conditions d'exercice en ville. Outre la vidéosurveillance et les dispositifs d'alerte classiques, le syndicat du Dr Philippe Vermesch juge que les libéraux doivent être considérés comme des professionnels en charge d'une « mission de service public » et protégés comme tels – à l'instar des instituteurs, des chauffeurs de bus ou des sapeurs-pompiers –, afin de dissuader les agressions à leur endroit. Le SML va plus loin en requérant pour les médecins la mise en œuvre d'un « droit de retrait effectif » et le désengagement de l'obligation d'assurer la continuité des soins en cas de menace ou de situation d'insécurité (non résolue par l'intervention de la puissance publique). 

Un circuit court de traitement pour les plaintes

Également mobilisé, l'UFML-Syndicat exige que la lutte contre les violences faites aux médecins devienne une « cause nationale ». Les plaintes enregistrées doivent bénéficier d'un circuit court de traitement et des moyens doivent être dégagés « au regard de la gravité de la situation ». Le Dr Jérôme Marty, président de la structure, insiste aussi sur les effets délétères des menaces et des violences verbales qui « déferlent sur les pages d'avis Google »

Sur le terrain, plusieurs dispositifs anti-agression existent déjà à l'initiative des départements ou des régions. En Haute-Vienne, les médecins peuvent être équipés d'un bouton ou d'une appli d'alerte. Les professionnels des Hauts-de-France ont accès depuis 2017 à un numéro d'aide.

Des complémentaires santé comme La Mutuelle du médecin proposent également des outils d'assistance aux victimes (numéro spécial, prise en charge des enfants). Les médecins eux-mêmes se saisissent du sujet. C'est le cas en Occitanie, où l'union régionale des professionnels de santé (URPS) a développé son propre système d'alerte par smartphone.