Coût des arrêts de travail, responsabilité des prescripteurs : les médecins agacés par Buzyn, le MEDEF en alerte

Par
Cyrille Dupuis -
Publié le 31/08/2018
arret travail

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Crédit photo : S. Toubon

MG France exprime ce vendredi son « effarement » au sujet des propos d'Agnès Buzyn relatifs au coût des arrêts de travail et à la responsabilité des prescripteurs. « Quand nous contrôlons les arrêts de travail, 15 % sont inappropriés, sont des abus. Il y a quelqu'un qui paye pour tout le monde, c'est la Sécu. Le médecin prescripteur, ce n'est pas lui qui paye… », avait lancé la ministre de la Santé, invitée mercredi 29 août de la matinale de Radio Classique.

Ne pas porter le chapeau    

Le syndicat de généralistes fait valoir que ce taux de 15 % d'arrêts inappropriés ou abusifs s’applique aux seuls arrêts ayant fait l’objet d’un contrôle. « Ces contrôles portent sur moins de 5 % de l'ensemble des arrêts maladie. 15 % de 5 % égalent 0,75 %, ce qui est un chiffre nettement moins spectaculaire », calcule MG France, ajoutant que les arrêts de plus de six mois sont systématiquement validés par le service médical.

MG France s'étonne surtout que la ministre de la Santé semble regretter que les médecins ne paient pas les IJ des patients à qui ils prescrivent un arrêt de travail. « Faudrait-il, pour limiter les dépenses de santé en France, que les médecins paient les indemnités journalières ? Pourquoi pas aussi les médicaments ou les examens prescrits à leurs patients ? », grince MG France. Le syndicat du Dr Battistoni précise que les médecins de famille sont « excédés par ce chapeau qu'on leur fait systématiquement porter pour ne pas avoir à questionner les causes profondes des difficultés physiques, sociales ou environnementales que rencontrent leurs patients ».

Dans la même veine, l’UFML-Syndicat a également épinglé les propos d'Agnès Buzyn, jugeant sa déclaration « blessante ». « Suspecter les médecins de dérives car "ils ne payent pas", c’est faire montre d’une défiance totale à l’égard de la profession dont Mme la Ministre a la charge », considère l'organisation du Dr Jérôme Marty. Aux yeux de l’UFML, l’augmentation de 4 % par an des arrêts maladie est « un indicateur dramatique sur l’état de la société » et pose des questions bien plus fondamentales que celle du coût. « Pourquoi donc depuis des années, aucun gouvernement ne s’est saisi de cette situation qui reflète le mal-être sociétal ? N’est-ce pas le rôle de la ministre de la Santé que de lancer l’alerte sur ce point, plutôt que de culpabiliser médecins et patients ? », questionne l’UFML-S qui précise que les médecins ne connaissent pas « 15 % de faux malades »… 

Salarié malade et double peine

Parallèlement, le patron du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, a redit jeudi à l'exécutif son hostilité au transfert des indemnités journalières (IJ) aux entreprises pour contrer la hausse des arrêts maladie de courte durée. Édouard Philippe a entamé cette semaine des rencontres avec les organisations patronales et syndicales portant notamment sur la santé au travail. Celles-ci s'achèveront en début de semaine prochaine.

« J'ai rappelé très fortement au premier ministre notre opposition au déremboursement éventuel des indemnités journalières », souligne le patron du MEDEF. « Il faut essayer de réfléchir à des solutions en prenant le temps du diagnostic ». Pour Alain Griset, président de l'U2P (artisans, commerçants et professions libérales), reçu également, faire payer les entreprises serait « une double pleine ». « Quand vous avez trois, quatre salariés, le fait d'en avoir un en maladie, c'est déjà contraignant pour l'entreprise au sein de l'organisation, mais si en plus il faut payer l'arrêt maladie, c'est la double peine. »

Si le Premier ministre a écarté l'idée d'un transfert brutal du financement des arrêts de courte durée de la Sécu vers les entreprises, il souhaite que les partenaires sociaux trouvent des solutions pour que l'absentéisme cesse d'augmenter. Ce projet de mettre à la charge des entreprises quatre jours d'IJ pour les arrêts d'une semaine avait été révélé début août par « les Échos ». 


Source : lequotidiendumedecin.fr