Journée mondiale du refus de la misère : MDM dénonce l'incessante dégradation de la santé des plus vulnérables

Par Coline Garré
Publié le 17/10/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
Maraude MDM

Maraude MDM
Crédit photo : Médecins du monde

« Les années passent et rien ne change : les plus précaires sont les plus mal soignés, les progrès sont faibles, les reculs et les menaces sont là ». Tel est le constat que tire Yannick Le Bihan, directeur des opérations de Médecins du Monde (MDM), à l'occasion de la parution du 18e rapport de l'observatoire de l'accès aux droits et aux soins de l'ONG, cette journée mondiale du refus de la misère. 

Femmes et mineurs isolés 

Les chiffres tirés de l'activité des 15 centres de soins, d'accueil et d'orientation (CASO) de MDM, qui ont reçu 24 338 personnes en 2017, en très grande majorité (96,6 %) d'origine étrangère, et de ses 61 programmes, témoignent de la dégradation de la santé des plus vulnérables. Plus de 98 % sont sous le seuil de pauvreté, 48 % disent n'avoir aucune ressource pour vivre. Seulement 6 % ont un logement personnel. 

Si la majorité des patients reçus par MDM sont des hommes jeunes, l'ONG observe depuis 2016 une hausse de la part des mineurs accueillis dans les CASO, jusqu'à 14 % de la file active totale - soit 3 500 enfants, de 10 ans en moyenne. Un quart a moins de cinq ans. Le nombre de mineurs non accompagnés (MNA) est aussi en augmentation : Ils étaient 64 en 2011, 500 en 2015 et… 1 700 en 2017.

Les femmes sont aussi toujours plus nombreuses : près de 5 300 ont été reçues en consultation médicale généraliste, et 337 en gynécologie. Seules 12 % utilisent une contraception et 18 % ont déjà réalisé un frottis cervico-vaginal au cours de leur vie, soit 5 fois moins qu'en population générale. Près de la moitié des femmes enceintes ont un retard de suivi de grossesse, 27 % sont sans domicile fixe ; 6 % d'entre elles seulement ont des droits ouverts à la couverture maladie. 

« La condition des personnes se dégrade en Europe et en France. Quand elles quittent leur pays, elles sont en relativement bonne santé », souligne Yannick le Bihan. Les pathologies prises en charge dans les CASO en 2017 relèvent à 25 % de troubles digestifs, à 21 % de problèmes respiratoires, 20 % de douleurs ostéoarticulaires. Plus de 5 patients sur 10 souffrent d'une pathologie chronique, et 83 % ont besoin d'un suivi ou d'un traitement. Et 9 % des patients, voire 12 % des demandeurs d'asile, présentent un trouble psychologique (troubles anxieux, syndromes dépressifs). 

Failles dans l'accès au droit commun 

Sept patients sur dix relèvent théoriquement d'un dispositif de couverture maladie, l'aide médicale d'État (AME), dans 43 % des cas, la CMU de base dans 27 %. Mais la complexité des démarches, des pratiques administratives abusives, ou encore la barrière linguistique font que 87 % des patients reçus pour la première fois dans les centres de santé étaient dépourvus de toute couverture ; avec pour conséquence, un non-recours ou un retard dans l'accès aux soins.  

« Nous ne sommes pas là pour nous substituer au droit commun ; nous ne voulons pas être les gestionnaires de zone de relégation » dénonce le Dr Patrick Bouffard, membre du Conseil d'administration de MDM. 

Mais sur le terrain, les soignants sont aux prises avec les conséquences défaillantes d'un système de droit commun grippé. Médecin dans le CASO de Saint-Denis, le Dr Christian Bensimon observe tous les jours la clinique du non-hébergement, avec un 115 totalement saturé : mal de dos, pieds en sang, plaies ouvertes, problèmes dermatologiques… Le CASO travaille aussi avec un psychiatre et psychologue bénévoles toutes les demi-journées. « De la substitution, puisqu'il est impossible de décrocher un rendez-vous dans un centre médical psychologique (CMP) dans le 93 », commente le Dr Bensimon. Enfin, l'orientation vers les permanences d'accès aux soins de santé (PASS) hospitalières se fait parfois à défaut, « parce que la médecine de ville est inaccessible aux personnes sans couverture maladie, mais certaines PASS sont saturées, leur accueil est hétérogène », déplore le Dr Bensimon, qui plaide pour l'existence d'une telle structure dans tous les hôpitaux, avec un service d'interprétariat. 

Pour l'intégration de l'AME dans le régime général

MDM veut faire de l'observatoire « un objet politique », selon les termes du Dr Bouffard, pour rendre visibles ceux que les pouvoirs publics veulent reléguer dans l'invisibilité - notamment via la politique de démantèlement des campements ou bidonvilles, dénonce-t-il. « Sans opposer les publics », appelle-t-il. 

Concrètement, l'ONG demande l'intégration de l'AME dans le régime général de la sécurité sociale, le renforcement de la promotion de la santé et de l'accès aux soins, la mise à l'abri des mineurs non accompagnés, et plus largement, le renforcement d'un système de soin inclusif, inconditionnel, et universel. Des propositions partagées par le comité consultatif national d'éthique (CCNE) ou le Défenseur des droits.  


Source : lequotidiendumedecin.fr