Hypersensibilité aux champs électromagnétiques : les hostilités reprennent

Publié le 27/03/2012
- Mis à jour le 27/03/2012
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Crédit photo : AFP

La polémique autour de la prise en charge des personnes hypersensibles aux champs électromagnétiques a une nouvelle fois rebondi avec l’annonce de l’étude multicentrique pilotée par le service de pathologie professionnelle du groupe Cochin-Broca-Hôtel Dieu. Pourtant, cette étude – qui devrait inclure une centaine de personnes – est la réalisation d’un engagement pris, en 2009, lors du « Grenelle des ondes ». Elle a pour objectif d’étudier « la sensibilité des patients vis-à-vis de leur exposition aux champs électromagnétiques ainsi que leur état de santé et leur qualité de vie ».

Grâce à un protocole harmonisé au niveau national, les investigateurs vont recueillir les symptômes, caractériser et mesurer les expositions. Parallèlement, le retentissement des souffrances sera évalué : le suivi des symptômes est prévu pendant un an, avec une prise en charge globale, symptomatique. Le Pr Dominique Choudat (Cochin) n’excluait pas de ne pas pouvoir « aider tout le monde », certains patients refusant l’idée de suivre une thérapie cognitive comportementale (le « Quotidien » du 14 février). Les attaques n’ont pas tardé : plusieurs associations d’électrosensibles (le Collectif des électrosensibles de France, Next-up), appuyées par l’association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (ARTAC) du Pr Dominique Belpomme, dénoncent les « orientations » de l’étude, appelant au boycott. Il s’agit d’une « parodie d’étude avec des résultats biaisés puisque connus par avance », réagissait un internaute sur notre site tandis qu’un autre jugeait, au contraire, qu’« une conviction a tout à redouter d’une exploration scientifique toujours susceptible de comporter des pièges imparables ».

Prise en charge adaptée.

L’Académie nationale de médecine, par la voix du Pr André Aurengo, estime que « ces attaques posent deux graves questions, scientifique et médicale, et s’inscrivent dans une dénégation parfois violente de l’expertise scientifique ». D’un point de vue scientifique, « plus de 40 études en double aveugle ont montré que les personnes qui se disent électrohypersensibles ne ressentent pas plus de troubles en présence qu’en l’absence de radiofréquences ». « Nous disposons d’un ensemble de données et de conclusions d’expertises collectives solides permettant de rattacher l’électrohypersensibilité à une origine psychologique », indique l’expert, maintes fois critiqué (il est ancien membre bénévole du conseil scientifique de Bouygues Télécom, ancien administrateur d’EDF et président du Conseil médical d’EDF). D’un point de vue médical, l’Académie renouvelle sa position : l’angoisse face aux émetteurs de champs électromagnétiques justifie et nécessite une prise en charge adaptée. Par ailleurs, elle met en garde contre ceux qui alimenteraient la méfiance des patients : « plus on les pousse à militer pour la suppression des émissions électromagnétiques en demandant des "zones blanches", plus on les éloigne des circuits thérapeutiques dont elles pourraient bénéficier. Les ancrer dans cette conviction ne peut que les isoler davantage et aggraver leur handicap social », souligne le Pr Aurengo dans un communiqué.

STÉPHANIE HASENDAHL

Source : lequotidiendumedecin.fr