Dr Nicolas Prisse, président de la MILDECA : « Le plan national de mobilisation contre les addictions vise à faire respecter les normes existantes »

Par
Damien Coulomb -
Publié le 08/01/2019
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Crédit photo : S. Toubon

Avec près de 10 mois de retard sur le calendrier prévu, le plan national de mobilisation contre les addictions 2018-2022 de la MILDECA a enfin été adopté et mis en ligne ce matin. Il présente 19 priorités et 200 mesures. Son président en détaille au « Quotidien » les grandes lignes.

LE QUOTIDIEN : Quel est le point fort du plan qui vient d'être adopté ?

Dr NICOLAS PRISSE : L'idée est de changer collectivement notre regard sur l'addiction qui doit être considéré comme le problème de l'ensemble de la société et pas seulement celui des médecins. C'est pourquoi, lors de sa rédaction, nous avons associé plus d'une vingtaine d'acteurs : ministères, professionnels de l'addictologie mais aussi membres du secteur privé comme les fédérations, l'industrie de l'alcool et la grande distribution.

Un chapitre du plan est consacré à la mobilisation des médecins de premier recours. Concrètement, qu'est-ce que cela signifie ?

Il va falloir remédier à la crainte de certains médecins généralistes vis-à-vis des soins d'aval, qui se demandent « à qui et quand dois-je passer la main ». Le plan propose la construction de parcours de santé associant une offre de soin de premier recours consolidée à une offre spécialisée, structurée pour s'occuper des patients les plus compliqués.

La direction générale de l'offre de soin a annoncé la révision d'une vieille circulaire dans ce sens, en impliquant le médicosocial, le médicospécialisé et les premiers recours. Le nouveau document formalisera les rôles de chacun, les informations à échanger en fonction des complications et du parcours du patient.

En ce qui concerne la formation des médecins, le plan formule plusieurs propositions, comme veiller à rendre la réforme du 3e cycle opérationnelle, à travers la mise en place d'une formation spécialisée transversale d’addictologie.

Ce plan entend impliquer les acteurs de la filière alcool. Pensez-vous réellement qu'ils vont se montrer coopératifs ?

Ces entreprises doivent, au titre de leur responsabilité sociétale, mieux informer sur les risques liés aux consommations du tabac et de l'alcool, via des chartes d’engagement portant en particulier sur l’information délivrée aux consommateurs, la signalétique dans les commerces et sur les contenants, l’organisation des rayons et des passages en caisse, etc.

Le plan n'apporte pas de normes nouvelles, mais on a déjà beaucoup de travail pour faire respecter les normes et les interdictions actuelles. Des missions de contrôle seront menées de manière plus musclée sous l'égide des préfets, afin de faire respecter, par exemple, l'interdiction de vente de tabac et d'alcool aux mineurs et aux personnes en état d'ébriété. Les résultats de l'étude ARAMIS de l'OFDT montrent en effet que les adolescents n'ont à l'heure actuelle aucune difficulté à se procurer de l'alcool et du tabac.

Nous avons également prévu de communiquer davantage sur les repères de consommation publiés l'année dernière par l'INCa et Santé publique France et encore largement ignorés du grand public : 10 verres d'alcool par semaine maximum quel que soit le sexe, avec un jour sans alcool dans la semaine (ces repères correspondent à un risque absolu vie-entière de mortalité attribuable à l’alcool situé entre 1 % et 1‰ pour la population française, NDLR).

Propos recueillis par Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr