Congrès de l'ASH : les pistes pour prolonger l'efficacité des CAR-T cells

Par
Damien Coulomb -
Publié le 06/12/2018
San Diego

San Diego
Crédit photo : DR

En France, une cinquantaine de patients ont pour l'instant été traités par CAR-T cells. Et tandis que s'organise le parcours de soins spécifique à ces thérapies géniques des cancers hématologiques, plusieurs équipes de cliniciens s'interrogent sur les combinaisons qui pourraient les rendre plus efficaces et réduire les risques de rechute. Présentées au congrès de la Société américaine d'hématologie (ASH), ces approches explorent les voies des anti-PD1, de l'ibrutinib ou encore des greffes de cellules souches hématopoïétiques.

« Même si une rémission est observée chez la majorité de nos patients traités par CAR-T cells, près de la moitié rechute », constate le Dr Corrine Summers, de l'hôpital pédiatrique de Seattle, au moment de défendre ses résultats sur un sujet très débattu : la greffe de cellules souches hématopoïétiques comme moyen de prolonger la réponse des CAR-T cells. Avec ses collègues, elle s'est penchée sur les données de 64 patients atteints de leucémie lymphoblastique aiguë ayant participé à l'étude PLAT-02.

Un intérêt à la greffe de cellules hématopoïétiques

« Cela ne faisait pas explicitement partie de notre protocole de recherche, mais après l'injection de CAR-T cells, plusieurs patients de l'étude ont bénéficié de greffes allogéniques de cellules hématopoïétiques une fois en rémission, explique le Dr Summers. De plus, nous avons recommandé une greffe aux patients chez qui la présence de CAR-T cells n'a pas persisté longtemps. » Les auteurs ont alors noté un meilleur pronostic chez les patients greffés. La greffe avant le traitement par CAR-T cells ne semble en revanche pas apporter de bénéfice particulier. 

« Il y a un débat passionné sur l’intérêt de l'allogreffe chez les patients à risque de rechute, réagit le Pr Stephan Grupp, de l'université de Pennsylvanie. Personnellement, je pense que les résultats dépendent beaucoup des techniques de greffe qui varient beaucoup d'une étude à l'autre. Il faut aussi prendre en compte la qualité de vie du patient qui rechute : est-il prêt à affronter une nouvelle greffe ? Je crois que cela risque d'être considéré comme l'étape de trop pour beaucoup d'entre eux. »

Des anti-PD-1 pour ralentir la baisse des CAR-T

Lors d'une autre communication, le Dr Amanda Li, du département d'oncology de l'hôpital pour Enfants de Colombie-Britannique, au Canada, a montré que l'ajout d'une immunothérapie anti-PD1 pouvait lutter contre la disparition précoce des CAR-T cells, en faisant sauter les verrous de la réponse immunitaire.

Les médecins ont recruté 14 enfants souffrant de leucémie aiguë lymphoblastique de la lignée B ou de lymphomes lymphocytiques. Traités par des cellules CAR-T ciblant l'antigène CD19, suivi d'un anti-PD1 (pembrolizumab ou nivolumab), la moitié d'entre eux ont maintenu pendant 15 mois une réponse complète ou partielle au traitement. « Cette combinaison pourrait permettre d'éviter l'épuisement des lymphocytes réinjectés », explique le Dr Li.

L'ibrutinib en demi-teinte

L'association CAR-T cell/ibrutinib est une autre piste explorée par l'équipe du Dr Jordan Ghautier du centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson de Seattle. Au cours d'une étude de phase 2, 17 patients souffrant de leucémie lymphoïde chronique ont commencé un traitement d'ibrutinib au moins 2 semaines avant l’aphérèse qui marque le début du traitement par CAR-T cells. Ce traitement a été poursuivi 3 mois après la réinjection des cellules modifiées. Si l'association était bien tolérée, il n'y avait en revanche pas de différence significative en termes de réponse au traitement et de risque de syndrome de relargage des cytokines, comparés à 16 autres patients uniquement traités avec une injection de CAR-T cells.

De notre envoyé spécial, Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr