Un certain seuil d'endormissement serait propice à la créativité, selon une étude Inserm

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Publié le 10/12/2021
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Crédit photo : PHANIE

Quelques minutes de sommeil pourraient réveiller toute notre créativité, suggère une étude publiée ce 10 décembre dans « Science Advances » par des chercheuses de l’Inserm et de Sorbonne Université au sein de l’Institut du Cerveau et du service des pathologies du sommeil à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière (AP-HP). 

À l’origine de l'étude, se trouve la légende qui veut que l’inventeur Thomas Edison s'accordait de petites siestes, boule métallique à la main, pour susciter sa créativité. Lorsque la boule finissait par tomber bruyamment, il se réveillait et pouvait noter des flashs de créativité. Les chercheuses Delphine Oudiette (Inserm) et Célia Lacaux (AP-HP) ont donc souhaité explorer cette phase particulière de l'endormissement, « jusqu'à présent relativement négligée par les sciences neurocognitives », selon elles. 

Une phase propice, entre éveil et endormissement profond 

L'étude a inclus 103 participants, à qui ont été soumis 60 problèmes de mathématiques, résolvables très rapidement grâce à une règle identique cachée (mais plus longuement, si on ne la trouve pas). Ceux qui n'y parvenaient pas du premier coup (85 %) étaient invités à faire une pause d'une vingtaine de minutes dans le noir, un objet à la main, avant de se remettre aux mathématiques. Leur activité était surveillée par électro-encéphalogramme, électro-oculographie et électromyogramme, afin de voir notamment s'ils s'endormaient. 

« Passer au moins 15 secondes dans cette toute première phase de sommeil après l’endormissement triple les chances de trouver cette règle cachée, par l’effet du fameux “Eureka ! ”. Cet effet disparaît si les sujets plongeaient plus profondément dans le sommeil », explique Célia Lacaux, première autrice. Quelque 83 % des siesteurs (ne serait-ce qu'une minute) trouvaient la règle cachée, contre 30 % de ceux qui restaient éveillés, et 14 % de ceux qui sombraient plus longuement. Il existerait donc bien une phase propice à la créativité, au moment de l'endormissement, avant de tomber dans un sommeil plus profond. 

Néanmoins, l'astuce d'Edison de tenir un objet lourd ne semble pas infaillible. Si elle réveille bien dans 100 % des cas, elle peut aussi empêcher de rentrer dans la période de somnolence, lorsque la personne lâche le poids avant même de s'endormir. 

« Cette découverte ouvre un nouveau champ extraordinaire pour de futures études, notamment des mécanismes cérébraux de la créativité. Le sommeil est aussi souvent vu comme une perte de temps et de productivité. En montrant qu’il est en réalité essentiel à nos performances créatives, nous espérons réitérer son importance auprès du public », conclut Delphine Oudiette.


Source : lequotidiendumedecin.fr