Un bénéfice évident de l'arrêt du tabac mais le risque cardio-vasculaire persiste plus de 10 ans

Par Charlène Catalifaud
Publié le 21/08/2019
- Mis à jour le 21/08/2019

Crédit photo : Phanie

Une nouvelle étude de cohorte observationnelle publiée dans le « JAMA » confirme les bénéfices de l'arrêt du tabac, même si le risque cardio-vasculaire peut persister plusieurs années. Une diminution du risque cardio-vasculaire de 39 % est observée dans les 5 ans après l'arrêt du tabac chez les gros fumeurs, comparé à des personnes qui continuent de fumer.

« Nous avons utilisé les données recueillies auprès des participants de la Framingham Heart Study (FHS), qui est la plus longue étude de cohorte cardio-vasculaire menée aux États-Unis », indique au « Quotidien » Meredith Duncan, première auteure de l'étude. Cette cohorte a commencé à recruter des hommes et des femmes en 1948 et inclut désormais leurs enfants et petits-enfants. Les données relatives au tabagisme ont été recueillies de 1954 à 2015.

Un risque similaire aux non-fumeurs après 10 à 15 ans

Au total, 8 770 personnes ont été incluses pour évaluer l'effet de l'arrêt du tabac sur le risque de maladies cardio-vasculaires (infarctus du myocarde, AVC, décès par maladies cardio-vasculaires et insuffisance cardiaque). Parmi elles, 2 371 ont fumé au moins 20 paquets-année (équivalent à 1 paquet par jour pendant 20 ans). Au cours d'un suivi de 26,4 ans, 2 435 événements cardio-vasculaires sont survenus, dont 1 095 parmi les gros fumeurs.

Si le risque de maladies cardio-vasculaires diminue dans les 5 ans par rapport aux fumeurs, le risque reste élevé pendant plusieurs années par rapport aux personnes n'ayant jamais fumé. Les chercheurs ont en effet constaté que le risque cardio-vasculaire des anciens fumeurs redevenait similaire à celui des non-fumeurs au bout de 10 à 15 ans après l’arrêt du tabac.

« Actuellement, les cliniciens ont recours à l'Atherosclerotic CVD Risk Calculator pour évaluer le risque des patients. Cet outil considère que les fumeurs ayant arrêté de fumer depuis plus de 5 ans courent le même risque cardio-vasculaire que les non-fumeurs. Nos résultats montrent donc que le risque cardio-vasculaire des gros fumeurs est peut-être sous-estimé », estime Meredith Duncan.

Un bénéfice quel que soit l'âge

Par ailleurs, « il y a un bénéfice à arrêter de fumer quel que soit l'âge », souligne le Pr Daniel Thomas, cardiologue et porte-parole de la Société francophone de tabacologie, en commentaire de cette étude, ajoutant que les bénéfices surviennent toutefois plus rapidement chez les plus jeunes. Ceci s'explique par les mécanismes de toxicité du tabac au niveau cardio-vasculaire. Ces effets sont d'abord liés à la durée du tabagisme. « Le tabagisme entraîne une obstruction progressive des artères et participe ainsi à la formation des plaques d'athérosclérose. Plus le tabagisme est long, plus les artères sont agressées par le tabac », explique le cardiologue. Mais le tabagisme agit également à plus court terme. « Les mécanismes de thrombose et de spasme coronaire peuvent survenir chez les plus jeunes et entraîner des accidents précoces », poursuit le Pr Thomas. Ces mécanismes de thrombose et de spasme disparaissent rapidement à l'arrêt du tabac, contrairement aux plaques d'athérosclérose.

Dans cette étude, « ce sont des fumeurs qui ont fumé trop longtemps pour avoir un bénéfice total dans les 5 ans, même si ce bénéfice est certain », conclut le cardiologue, qui précise que les risques de cancer et de bronchopathie persistent beaucoup plus longtemps que le risque cardio-vasculaire.


Source : lequotidiendumedecin.fr