Tabac, nutrition, vaccination : le Pr François Bourdillon défend le bilan de Santé publique France

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- Publié le Lun 24/06/2019 - 00:00
Dossier

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Tabac, nutrition, vaccination : le Pr François Bourdillon défend le bilan de Santé publique France

Publié le 24/06/2019 - Mis à jour le 15/07/2019
Tabac, nutrition, vaccination : le Pr François Bourdillon défend le bilan de Santé publique France

bourdillon
PHANIE

LE QUOTIDIEN Que retenez-vous de ces 3 premières années d'existence de l'agence Santé publique France ?

Pr François Bourdillon : L'agence a contribué à quelques succès comme la baisse de la consommation tabagique. Elle s'est considérablement ouverte sur la société, et nous l'avons concrétisé avec les consultations citoyenne sur le chlordécone, sur les bébés nés sans bras et sur les cancers pédiatriques à Sainte-Pazanne très récemment.

La lutte contre le tabac a bénéficié d'une forte politique publique portée par le plan cancer. L'agence y a participé en développant des opérations de marketing social dont l'efficacité avait été prouvée scientifiquement. Nos budgets de lutte contre le tabac ont aussi été très sensiblement augmentés. D'autres facteurs ont contrivué à cette baisse : le paquet neutre, le remboursement des substitut nicotiniques, l'augmentation du prix… Tous ces éléments ont permis cette baisse brutale et inédite de 1,6 million de fumeurs en moins entre 2016 et début 2018.

Nous avons également été évalués très positivement par l'association internationale des agences nationales de santé publique (IANPHI, cet organisme évalue les missions et objectifs des agences et donne un avis sur l'adéquation entre ces objectifs et les moyens mis en œuvre à leur accomplissement) ce qui montre que nous ne nous sommes pas trompés sur les orientations retenues.

La France était le seul grand pays à ne pas avoir d'agence nationale de santé publique capable d'aller de la connaissance à l'action, en associant la prévention, la détection des alertes sanitaires et les outils de la réponse. En ce sens, nous nous sommes beaucoup inspirés de l'agence anglaise, la PHE (Public health england)

Comment jugez-vous l'action de l'agence au cours des diverses alertes sanitaires de ces dernières années ?

Très favorablement. Dans l'affaire Lactalis, par exemple, les cas de bébés de moins de un an conaminés par des salmonelles ont été déclarés un vendredi soir, et nous sommes parvenus à donner l'alerte dès le samedi matin. En quelques heures, nous avions trouvé le point commun entre les différents malades : la consommation récente de laits infantiles premier âge produit dans une usine en Mayenne. Nous pouvons aussi citer l'épidémie espagnole de Salmonella poona. Le travail conjoint avec les centres nationaux de référence permet de séquencer les pathogènes et de donner l'alerte très rapidement.

L'épidémie d'infections par le virus de l'hépatite A (VHA) dans la communauté d'hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, en 2017, constitue également un cas d'école. En moins de 5 mois, 745 cas avaient été déclarés. Grâce au big data, l'agence avait repéré une épidémie de VHA avec un sex ratio très déséquilibré et des clusters régionalisés. Fort de ce constat, Santé publique France a, en Juin 2017, mis en place une campagne informant les HSH de la situation et les inictant à se faire vacciner. Cette campagne renvoyait vers le site sexosafe.fr, sur la page « vaccination recommandées » de Vaccination Info Services ce qui a très largement contribué à casser l'épidémie. 

L'agence est très impliquée dans la prévention des addictions. Cela porte ses fruits contre le tabac, mais pas contre l'alcool. Pourquoi une telle différence ?

L'alcool est un sujet plus sensible dans notre pays ! Nous avions besoin de bâtir une stratégie alcool, c'est à dire de défnir les repères de consommation, et de mesurer les impacts de l'alcool en matière de morbi-mortalité. Il a fallu attendre 2019 pour avoir les fondements scientifiques d'une politique de santé publique socialement acceptable, centrée sur les dommages à longs termes. C'est ainsi qu'une campagne sur les ravages de l'alcool a été lancée en mars 2019 avec beaucoup de succès. Une nouvelle campagne consacrée aux adolescents devrait voir le jour eà l'automne. En janvier 2020, nous espérons aussi pouvoir proposer un janvier sobre à l'image du « mois sans tabac ». Actuellement, environ 76 % des Français respectent les repères de consommation d'alcool, on espère atteindre 85 % dans les 2 ans. Je laisse en partant une stratégie de réduction des risques des consommations d'alcool définie et opérationnelle.

Un an après, quel bilan tirez-vous de l'élargissement de la couverture vaccinale ?

Un bilan posituf qui revient à Mme Buzyn, notre ministre de la santé. La couverture vaccinale contre le méningocoque a augmenté de 36 points pour atteindre 76 %, et celle des vaccins hexavalents a progressé de 5,5 points. Les méningites des enfants de moins de 1 an sont passées de 15 cas par an en 2017 à moins de 4 en 2018. Nous observons même une amélioration de la couverture vaccinale dans les vaccins non obligatoires comme le HPV.

Selon nos baromètres, les Français accordent davantage de valeur aux vaccins obligatoires qu'aux vaccins recommandés et la confiance revient. Un autre bon indicateur est que l'Union Européenne semble intéressée par notre campagne de vaccination, une première en Europe.

L'agence se prépare-t-elle aux effets sanitaires des changements climatiques et environnementaux à venir ?

SPF s'est beaucoup investie sur le risque canicule, les effets de la pollution atmosphérique et l'émergence de nouvelles pathologies vectorielles liées au moustique tigre, mais il s'agit là de sujets isolés. Notre conseil scientifique estime que l'on devrait intégrer tous ces éléments dans une problématique plus globale sur le changement climatique. Au-delà de l'impact que représente le changement climatique sur la santé, il convient dorénavant d'envisager de nouvelles stratégies de prévention.

Il s'agit d'un véritable enjeu : il y a eu une canicule par an depuis que je suis en poste, et la pollution atmosphérique est le 2e ou 3e déterminant de santé. Pourtant, peu d'équipes travaillent sur ce sujet.

Vos moyens - 590 agents pour un budget de 175 millions d'euros par an - vous paraissent-ils à la hauteur de ceux de l'agence outre-manche ?

Les Anglais au PHE disposent de 5 500 agents… Honnêtement, vu les besoins, les saisines et les attentes, SPF aurait besoin de davantage de monde. Nous avons comblé les manques, notamment sur la petite enfance et la périnatalité. Les questions de la santé à l'école mériteraient d'être prises en compte ; l'équipe addiction est insuffisement dotée pour couvrir son champs de compérences. Le champ de la prévention en santé environnement s'ouvre... Enfn il conviendrait d'intégrer dans les prises de décision la dimension économique ; nos ressources humaines ne le permettent pas.

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