L’aide à l’Afrique face au Covid-19 est saluée par les sénateurs, mais jugée insuffisante par les ONG

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 10/04/2020

Crédit photo : AFP

Saluée par la Commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat, l’annonce, mercredi, par Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, du déblocage de près de 1,2 milliard d’euros (dont 1 milliard de prêts et 150 millions d’euros de dons-projets de l’Agence Française de Développement) pour venir en aide aux pays africains face à la pandémie, ne satisfait pas les ONG.

Dans un communiqué commun, ces organisations, dont Médecins du Monde, Sidaction et Action Santé Mondiale, déplorent la faiblesse des montants engagés, le détournement de budgets d’aide excitants et le soutien sous forme de prêts, une « solution inadaptée à la crise actuelle ».

Une aide jugée « dérisoire »

Alors que les Nations unies ont estimé, fin mars, les besoins des pays en développement à 500 milliards de dollars pour endiguer l’épidémie, Elise Rodriguez, directrice du plaidoyer d’Action Santé Mondiale, estime qu’ « en tant que sixième économie mondiale, la France est très loin d’être au rendez-vous avec cette initiative qui ignore l’ampleur des enjeux de cette pandémie ».

« La part de subventions consentie paraît dérisoire au regard des enjeux sanitaires et sociaux », ajoute Najat Vallaud-Belkacem, Directrice France de ONE, qui souligne l’incohérence d’une réponse sous forme de prêts.

L’inquiétude porte également sur la réorientation des fonds de programmes existants pour alimenter l’aide face au Covid-19. « Il ne faut surtout pas oublier les autres problématiques de santé et de développement, qui ne s’arrêtent pas en pleine crise, bien au contraire, rappelle Dr Pierre Micheletti, Président d’Action contre la Faim – France. Il faut à tout prix assurer la continuité des services de soins et soutenir des mesures en faveur de la protection sociale pour éviter que l’épidémie ne provoque d’autres crises sanitaires et alimentaires ».

« Les services de vaccination et de santé sexuelle et reproductive, et la prise en charge du paludisme, du VIH, de la tuberculose et de sous-nutrition continuent de sauver des vies tous les jours, et doivent absolument être protégés, afin d’éviter une crise humanitaire majeure », complète Florence Thune, directrice de Sidaction.

À terme, la crainte d'une re-contamination

Plus globalement, ces ONG appellent à une réflexion sur la politique française de développement, alors que moins de 10 % de celle-ci sont consacrés aux enjeux de santé. Elles prennent aux mots Emmanuel Macron qui déclarait en octobre 2019 que la santé globale « n’est pas qu’une question, mais c’est aussi une question d’argent ».

De leur côté, les sénateurs de la Commission des affaires étrangères et de la défense s’inquiètent, pour l’avenir, d’une re-contamination de l’Europe par le continent africain. « Crise à la fois sanitaire, économique et sociale, au potentiel déstabilisateur en particulier dans la bande sahélo-saharienne, la pandémie pourra à l’avenir entraîner des re-contaminations ultérieures, par les flux Afrique-Europe : les risques sont sérieux, malgré une réaction rapide et coordonnée des pays africains. », souligne ainsi le sénateur LR Christian Cambon, qui préside la Commission.


Source : lequotidiendumedecin.fr