Droits sexuels et reproductifs des femmes et des personnes LGBT malmenées en Outre-Mer : l’avis de la CNCDH

Par Fabienne Rigal
Publié le 22/11/2017
- Mis à jour le 22/11/2017

La Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a rendu un avis sur les violences de genre et les droits sexuels et reproductifs dans les territoires ultramarins. Elle pointait déjà les inégalités d’accès aux soins en Outre-mer il y a environ un mois et souligne maintenant les risques que courent plus particulièrement les femmes, ainsi que les personnes LGBT.

Grossesses précoces et non désirées, infections sexuellement transmissibles, violences sexuelles et viols, recours insuffisant à la contraception… la CNCDH pointe des « dispositifs de prévention et des soins insuffisants », liés à l’isolement géographique, et au manque de moyens humains et matériels.

« Dans les départements et collectivités ultramarins, les femmes sont les premières victimes de la pauvreté, le taux de grossesse précoce est plus élevé qu’en métropole et les conditions d’organisation du système de santé les exposent à des difficultés spécifiques », indique l’avis de la CNCDH, qui souligne aussi qu'un « niveau de violence contre les femmes est globalement plus élevé outre-mer qu’en métropole » et que « les violences de genre frappent également les personnes LGBT, surexposées à des risques de discriminations et d’atteintes à leur intégrité physique en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. »

Des variations selon les territoires

La CNCDH donne différents chiffres de ces inégalités avec la métropole. Elle cite ainsi « des taux particulièrement élevés en Guyane, 27 %, et à la Réunion, 23 %, pour 4 % en métropole ». Concernant les IVG, « les statistiques l’établissent à 33,9 pour 1000 femmes en Guadeloupe, 27, 8 en Martinique, 30 en Guyane, 28,4 à Mayotte, 20,5 à la Réunion, tandis qu’il est de 17,1 en Île de France ».

« En ce qui concerne la contamination au VIH, alors que la Réunion et la Polynésie semblent moins touchées que la France métropolitaine, la prévalence est au contraire bien supérieure en Guyane et aux Antilles » et « si la mortalité liée au VIH est similaire en Guadeloupe, Martinique et certaines régions particulièrement touchées de l’hexagone (Île-de-France, PACA), en revanche la Guyane se distingue par un taux de mortalité 10 fois supérieur à la moyenne nationale. » Ce à quoi s’ajoute une plus forte stigmatisation des personnes séropositives, et une situation économique particulièrement précaire de ces dernières.

Les auteurs de l’avis soulignent aussi les discriminations à l’égard des femmes et des personnes LGBT, et le poids de l’homophobie « peut empêcher les personnes de vivre leur sexualité au grand jour », ce qui rend difficiles les actions de prévention, et expose à des violences.

27 recommandations pour améliorer l’effectivité des droits

Face à ces défis, la CNCDH propose 27 recommandations pour garantir les droits sexuels et reproductifs des femmes et des personnes LGBT. Elle suggère ainsi de décliner les plans nationaux aux territoires ultramarins après avoir mieux dressé l’état des lieux, d’insister sur la prévention en milieu scolaire (sur le sexisme, les LGBTphobies, la contraception…), d’encourager l’approche communautaire et la formation des professionnels locaux, et de mieux accompagner les victimes de violences de genre.


Source : lequotidiendumedecin.fr