Dr Gérald Kierzek : « À la télé, le rôle du médecin est anxiolytique, c’est à dire calmer les angoisses »

Par
Stéphane Long -
Publié le 02/05/2020

Crédit photo : DR

Ils squattent littéralement les plateaux télé et radio. Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les médecins sont omniprésents dans les médias, bombardés de questions par des (télé)spectateurs angoissés. Le Dr Gérald Kierzek se prête à cet exercice tous les matins dans l’émission « Audrey & Co », sur LCI. L’urgentiste, qui exerce toujours à l’hôpital et assure « deux à trois gardes par semaine », explique comment il conçoit son rôle médiatique, dans un contexte de crise sanitaire, face à une maladie que l’on découvre au fil des jours.

« LE QUOTIDIEN ». Sur un plateau télé, vous n’êtes pas tout à fait journaliste et vous n’êtes pas que médecin ? Comment envisagez-vous votre rôle ?
Dr GÉRALD KIERZEK. Je ne suis pas journaliste, je suis médecin ! Je dis souvent en rigolant que je suis l’urgentiste de l’info. Je fais le même métier à la télévision qu’à l’hôpital devant mes patients : j’explique la médecine, je fais de la prévention, je parle de bénéfice/risque… Notre rôle à la télévision est aussi anxiolytique. Ça ne veut pas dire qu’on doit tenir un discours anesthésiant. Ça veut dire qu’on doit expliquer, calmer les angoisses.

La place des médecins n’est-elle pas à l’hôpital en temps de crise sanitaire ?
J’ai un pied à l’hôpital, l’autre à la télévision. Hier soir, j’étais à Cochin en secteur Covid. Je fais deux à trois gardes par semaine. Je suis et je reste médecin dans tous les cas. D’ailleurs, ma légitimité est liée à ma pratique clinique. Le gros danger, ce serait d’être déconnecté de la réalité.

Tous les jours, on apprend de nouveaux éléments sur le Covid-19. Comment ne pas se contredire d’un jour à l’autre ? Comment ne pas se tromper ?
C’est un exercice d’humilité. Il faut avoir conscience qu’on n’est pas omniscient. Et quand on ne sait pas, il faut le dire. J’ai deux lignes directrices, que ce soit dans ma vie médiatique ou ma vie médicale. Il y a le code de déontologie : avoir de la mesure dans ses propos, ne faire état que de faits avérés, respecter les confrères… Et puis il y a l’intérêt des patients. Mais, là encore, il n’y a pas de différence entre ce que je fais à la télé et la médecine qu’on fait sur le terrain.

Rétrospectivement, il n’y a pas des propos que vous regrettez, des erreurs commises ?
Au début, on a peut-être un peu minimisé la crise parce qu’on avait sous-estimé le taux d’attaque du virus. Il y a parfois eu, non pas des erreurs, mais des prises de position mal comprises. On nous a par exemple reproché de minimiser l’épidémie de coronavirus en la comparant à la grippe. Mais pourtant, elle tient cette comparaison quand on regarde, par exemple, les chiffres de mortalité. Je dis souvent aux gens : « 99 % des malades du Covid-19 vont guérir. » Là encore, on me le reproche en disant que je minimise. Pourtant, c’est la réalité des chiffres !

Il y a une polémique autour des travaux du Pr Didier Raoult sur la chloroquine. Que répondez-vous aux gens qui vous interrogent sur le sujet ?
Je ne suis ni pro ni anti-Raoult. Je ne suis ni pro ni anti-chloroquine ! Le problème, c‘est qu’on a passionné un débat qui aurait dû rester un débat rationnel. Je ne comprends pas comment, deux mois et demi après le début de la crise, on n’ait pas un essai clinique qui dise si la chloroquine fonctionne ou pas ! Je ne comprends pas non plus pourquoi le Pr Raoult n’a pas fait lui-même cette démarche ! Il y a des insultes dans les deux camps, je trouve ça lamentable. Il faut revenir à un débat rationnel. Ça fonctionne ou pas ? J’attends la réponse à cette question. En consultation, on a des patients qui réclament mordicus de la chloroquine. Comment leur répondre alors qu’on ne connaît pas le bénéfice/risque de ce traitement ?

On assiste à une remise en cause des experts, une défiance à l’égard de la science. La parole des médecins a-t-elle encore du poids à la télévision ?
On a une légitimité mais on ne doit pas s’arc-bouter sur la science. Mon objectif en consultation comme à la télé, c’est d’abord d’écouter les gens. Puis d’essayer de leur donner des arguments, d’être dans un dialogue, une négociation. Bien sûr, face à la mauvaise foi, le dialogue est stérile. Mais il ne faut pas partir du postulat que le patient a tort. Bien souvent, si les gens croient à des choses absolument farfelues, c’est parce qu’ils sont angoissés.

Les médecins sont sur tous les plateaux télé et radio. N’y a-t-il pas un risque de rejet de la part des Français ?
C’est vrai que nous sommes très présents. Je ne voudrais pas que ça se retourne contre nous. Cette crise sanitaire a mis en avant le rôle des soignants, et notamment des médecins. Avec ce qui se passe en ce moment, il y a une espèce de mise en exergue de ce qu’on dit depuis des années, que ça ne va pas à l’hôpital. Je ne voudrais pas qu’une surexposition remette cela en cause. En tout cas, je fais tout pour renouer la confiance avec les gens, dans un contexte de défiance.


Source : lequotidiendumedecin.fr