Dengue et chikungunya : les mesures du HCSP pour réduire le risque de contamination par les dons

Par Charlène Catalifaud
- Mis à jour le 15/07/2019

Afin de prévenir la transmission des virus de la dengue et du chikungunya par la transfusion sanguine ou par la greffe (organes, tissus et cellules), le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) a publié des mesures de prévention pour la sécurité infectieuse transfusionnelle, en raison du contexte épidémiologique international de ces deux arboviroses.

Toutes les semaines, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (eCDC) diffuse des données sur la situation épidémiologique internationale des maladies infectieuses. Les données d'avril et de mai ont mis en évidence de nouvelles zones à risque qui ont conduit la Direction générale de la santé à saisir le HCSP le 17 mai pour une mise à jour des recommandations.

La circulation virale favorisée par les voyages

« Le nombre de voyageurs augmente avec le tourisme de loisirs et professionnel, ce qui favorise la circulation virale. Une veille épidémiologique est nécessaire pour décider des mesures à prendre pour limiter au maximum le risque de contamination et assurer ainsi la sécurité des dons », indique au « Quotidien » le Pr Christian Chidiac, infectiologue et président de la Commission spécialisée maladies infectieuses et maladies émergentes (Cs-MIME) du HCSP.

Les Français qui ont séjourné dans des pays à risque peuvent faire l’objet d’un ajournement temporaire du don sur une période donnée. L'Établissement français du sang et l'Agence de biomédecine disposent d'une liste de pays soumis à ces mesures d'ajournement, voire d'exclusion des donneurs. Dans son avis, le HCSP ajoute à cette liste 14 pays pour la dengue (Tanzanie, Colombie, Mexique, Nicaragua, Sri Lanka, Thaïlande, Pakistan, Australie, Cambodge, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour et Vietnam) et 9 pour le chikungunya (République du Congo, Colombie, Honduras, Paraguay, Pérou, Salvador, Inde, Indonésie, Maldives). Cette actualisation s'applique aussi bien aux produits sanguins labiles qu'aux organes, tissus et cellules. Elle est susceptible d'être révisée en fonction du contexte épidémiologique.

Un ajournement de 28 jours

« En pratique, lorsqu'un individu vivant en métropole vient de séjourner dans l'un des pays de cette liste, il doit attendre 28 jours après son retour pour envisager de faire un don », précise le Pr Chidiac, ajoutant toutefois qu'il peut y avoir des exceptions au cas par cas pour les organes nobles si un receveur est en urgence vitale.

La dengue peut parfois être asymptomatique et donc passer inaperçue à l'interrogatoire, d'où l'intérêt de ces mesures restrictives. « Le dépistage des virus de la dengue et du chikungunya n'est pas réalisé systématiquement sur tous les dons de sang, mais il est mis en œuvre dans un contexte d’alerte sanitaire, et cette analyse devient alors obligatoire pour tous les produits sanguins labiles », souligne l'infectiologue.

Les cas de contamination restent exceptionnels en France. « La sécurité infectieuse des produits issus du corps humain est extrêmement structurée et progresse régulièrement, en suivant très régulièrement les alertes sanitaires internationales et en s’organisant face aux émergences, affirme le Pr Chidiac. Elle a su tirer les leçons du passé. »

En mai, le HCSP émettait des préconisations concernant le virus West Nile, et un travail est en cours pour le paludisme.