Covid-19 : avec l'essai Stroma-CoV-2, l’AP-HP mise sur les cellules stromales mésenchymateuses de sang de cordon pour contrôler le syndrome de détresse respiratoire aigu

Par
Coline Garré -
Publié le 03/04/2020

Crédit photo : PHANIE

Comment contrôler l’inflammation associée au syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), l'une des complications graves provoquées par le Covid-19 ?

L'Assistance-publique hôpitaux de Paris (AP-HP) lance l'essai Stroma-Cov2, qui vise à traiter des patients intubés-ventilés présentant un syndrome respiratoire aigu sévère dû au virus SARS-Cov-2, grâce à des cellules stromales mésenchymateuses de cordon ombilical.

Trois administrations IV toutes les 48 heures

Initié par le Dr Antoine Monsel du service de réanimation chirurgicale polyvalente de l’hôpital Pitié-Salpêtrière – AP-HP, l'essai, randomisé et conduit en double aveugle, propose d’inclure 60 patients : 20 recevront les cellules stromales mésenchymateuses - en trois administrations intraveineuses, répétées toutes les 48 heures - et 40 une solution placebo en sus de la prise en charge standard.

Les patients seront recrutés dans six services de réanimation du groupe hospitalo-universitaire AP-HP Sorbonne Université et dans le service de réanimation de l'hôpital Européen Georges-Pompidou.

Le critère principal de jugement est l'évolution des paramètres respiratoires et de l'état clinique des patients.

Contrôler l'orage cytokinique

Le rationnel de l’essai repose sur le fait que les injections de ces cellules permettraient de contrôler l’inflammation associée au SDRA, d’accélérer sa résolution et de réduire ainsi la morbidité et la mortalité - 30 à 60 % en réanimation - qui lui est associée.

Les chercheurs misent sur les propriétés anti-inflammatoires, anti-fibrotiques et immunomodulatrices bien documentées des cellules stromales mésenchymateuses du cordon ombilical, pour agir sur l'inflammation aiguë du tissu pulmonaire à l'origine du SDRA. Cette inflammation serait causée par « la libération explosive et incontrôlée de molécules (cytokines) pro-inflammatoires », à l'égard de laquelle il n'existe à l’heure actuelle aucun traitement, précise l'AP-HP. Pour rappel, les Britanniques du University College de Londres travaillent aussi à bloquer l'orage cytokinique, à travers d'autres moyens.

Les cellules stromales mésenchymateuses ont déjà été utilisées chez l'homme dans de multiples pathologies à forte composante inflammatoire (maladies auto-immunes, certaines complications des greffes de moelle, insuffisance cardiaque ou pathologies hépatiques) et se sont révélées d'une excellente tolérance clinique. En outre, parce qu'elles se multiplient rapidement en culture, elles peuvent être produites en grand nombre et stockées sous une forme cryopréservée dans des banques. La décongélation d'une poche de cellules, simple et rapide, permet alors une utilisation quasi-immédiate du produit en fonction de la demande. Aucun traitement immunosuppresseur n'est nécessaire.

L'essai Stroma Cov-2 s'appuie, précise l'AP-HP sur les précédentes recherches de l’Unité de Thérapie Cellulaire de l’Hôpital Saint-Louis, du Centre Meary de Thérapie Cellulaire et Génique de l’AP-HP et de l'équipe de chirurgie cardio-vasculaire de l’HEGP, spécialiste du traitement de l’insuffisance cardiaque par cellules souches.


Source : lequotidiendumedecin.fr