Allègement du confinement: le Pr Delfraissy pose des conditions, l'Académie émet des réserves

Par
Elsa Bellanger -
Publié le 16/04/2020

Crédit photo : S.Toubon

Si l’annonce par Emmanuel Macron d’un allègement du confinement à partir du 11 mai a pu susciter l’espoir, le Pr Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique qui conseille les autorités pendant la pandémie, a posé des conditions.

Selon lui, 18 millions de personnes à risque « de développer une forme grave » ne seront pas concernées, soit les personnes « d'un certain âge, dont je suis, au-dessus de 65 ou de 70 ans », les personnes ayant des affections de longue durée, ainsi que « des sujets jeunes ayant une pathologie, mais aussi obèses », a-t-il précisé, mercredi, devant la commission des lois du Sénat.

Un déconfinement conditionné

Pour les autres, certains « pré-requis opérationnels et techniques » devront être réunis. « Je suis extrêmement clair : si on n'a pas les pré-requis, il faut rester confinés, a-t-il ajouté. S'il faut retarder de quelques jours parce qu'on n'est pas prêt, il faudra retarder de quelques jours ». Parmi les conditions nécessaires, le Pr Delfraissy a cité la disponibilité de tests de dépistage en nombre suffisant, la mise en place d'un système de traçage des contacts des nouveaux cas identifiés, mais aussi la définition de la prise en charge des nouvelles contaminations (isolement à domicile ou dans des chambres d’hôtels dédiés).

Selon les estimations, entre « 10 000 et 15 000 nouvelles contaminations » par jour pourraient être enregistrées à partir de la mi-mai ou de la fin mai, a-t-il rappelé, soulignant que la prise en charge des nouveaux contaminés et le traçage des cas contacts nécessitent du personnel. En Corée du Sud, une « brigade de 20 000 personnes » est en charge de ces opérations : « C'est de l'humain qu'il y a derrière. Et on ne l'a pas en France et si on ne l'a pas, ça ne marchera pas », a-t-il estimé, évoquant un chiffre de 30 000 personnes nécessaires pour une telle « brigade » en France.

Mais, outre les nuances apportées par le conseil scientifique, d'autres réactions aux annonces du président de la République se sont faites entendre. L’Académie de médecine s’alarme des conséquences d’un déconfinement partiel de la population. « La tentation simplificatrice consistant à gérer cet épisode par tranches d’âge (hypothèse déjà écartée par l’Académie) et à imposer aux personnes âgées, au nom de leur propre protection, de rester confinées n’est pas satisfaisante, avertit l’institution. Les souffrances morales induites ne doivent pas être sous-estimées. »

Pas de citoyens de second rang, avertit l’Académie

Selon l’Académie, la catégorisation de la population porte atteinte à plusieurs « principes élémentaires d’humanisme ». « Si l’idée de déconfiner les seniors en dernier repose sur le souhait de les protéger, elle tend à en faire des citoyens de second rang », pointe ainsi l’Académie, soulignant que « l’amalgame entre personnes âgées, personnes en situation de handicap et personnes affectées par des maladies chroniques (…) peut être très mal vécu par les personnes humaines ainsi cataloguées ».

De plus, la population des seniors ne renvoie pas à une réalité unifiée : certains sont dépendants et en EHPAD ou à domicile avec une assistance, d’autres sont actifs et remplissent un rôle social (bénévolat associatif, garde des petits-enfants, etc.).

Une autre difficulté relève des critères d’une catégorisation : « Quel âge limite ? Quelles maladies chroniques ? Quel degré de sévérité ? Quels handicaps ? Comment évaluer le risque encouru individuellement face à l’infinie diversité des situations cliniques particulières ? », interroge l’Académie.

Le choix doit revenir au patient, dont le consentement doit être respecté contre « toute réglementation contraignante et arbitraire » : « vaut-il mieux prendre un risque contrôlé en respectant les gestes barrières pour vivre avec les autres, ou s’étioler dans une solitude sans espoir ? Un tel choix appartient à chacun », insiste l’institution, qui en appelle à la « solidarité intergénérationnelle » par le respect des règles d’hygiène et les mesures barrières (port d’un masque, notamment).


Source : lequotidiendumedecin.fr