Prothèse de hanche totale versus partielle : des résultats quasi comparables

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 30/09/2019

Crédit photo : PHANIE

Selon une étude parue dans le « New England Journal of Medicine », les résultats à 2 ans sont comparables entre prothèse de hanche totale et partielle chez des patients opérés pour une fracture du col du fémur.

« Malgré la fréquence élevée des fractures du col fémoral déplacées, la manière dont elles doivent être traitées chirurgicalement chez les patients âgés reste incertaine », notent les auteurs.

Aux États-Unis, la prothèse totale recommandée

Aux États-Unis, l'American Academy of Orthopaedic Surgeons et le National Institute for Health and Care Excellence recommandent la prothèse totale de hanche chez tous les patients autonomes atteints de fractures déplacées du col fémoral. « En France, il n'y a pas de recommandation concernant l'indication de ces deux types d'intervention, indique au « Quotidien » le Dr Alexis Nogier, chirurgien orthopédiste à Paris. En pratique, cela dépend beaucoup du mode de vie du patient ».

La prothèse partielle de hanche, aussi appelée hémiarthroplastie, consiste à ne remplacer que la tête fémorale, alors que la prothèse partielle, aussi appelée arthroplastie totale, remplace en plus le cotyle (ou acetabulum, qui correspond à la cavité articulaire de l'os de la hanche).

Des résultats équivalents en termes de réopération

L’essai a été mené dans 80 centres de 10 pays (Canada, États-Unis, Espagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Norvège, Finlande, Australie, Nouvelle-Zélande et Afrique du Sud). Au total, plus de 1 400 patients de 50 ans ou plus ont été inclus après une fracture de la hanche déplacée entre janvier 2009 et mai 2017. Parmi eux, 70,1 % étaient des femmes, 80,2 % avaient plus de 70 ans, et 74,4 % étaient capables de se déplacer sans assistance avant l'accident. La moitié des patients ont eu une arthroplastie totale de la hanche, l'autre une hémiarthroplastie.

Une intervention secondaire de la hanche a été nécessaire dans les 24 mois (critère principal) pour 7,9 % des patients du groupe « prothèse totale » et 8,3 % des patients du groupe « prothèse partielle », une différence non significative. Le type de prothèse ne semble donc pas avoir d'influence sur ce risque.

Si l'évaluation fonctionnelle – basée sur le score WOMAC tenant compte de la douleur, la fonction et la raideur – était légèrement en faveur de la prothèse totale, davantage d'événements indésirables graves sont survenus chez les patients de ce groupe (41,8 % d'entre eux contre 36,7 % des patients traités par prothèse partielle). De plus, une instabilité ou une luxation de la hanche est également survenue chez 4,7 % des patients ayant eu une arthroplastie totale contre 2,4 % de ceux ayant eu une partielle. « Le surrisque de luxation est lié à la composition même de la prothèse totale. Il existe des systèmes de prothèse totale dits à double mobilité qui permette de réduire ce risque », explique le Dr Nogier.

Le taux de mortalité était en revanche similaire pour les deux groupes (14,3 et 13,1 % respectivement, différence non significative).

Risque d'arthrose avec les prothèses partielles

Au vu de l'ensemble des résultats, les auteurs considèrent qu'aucune des deux techniques n'est supérieure à l'autre sur une période de suivi de 2 ans, pointant toutefois les limites d'un suivi aussi court.

En effet, pour le Dr Nogier, l'étude se termine trop tôt. « Les prothèses partielles sont moins coûteuses, mais vont favoriser la survenue d'arthrose en quelques années, alors qu'une prothèse totale de hanche a une durée de la vie de 20 ans. Chez des patients encore très actifs de 65-70 ans par exemple, une prothèse partielle n'est pas forcément adaptée », estime-t-il. Il regrette par ailleurs que la population étudiée soit trop large en termes d'âge.

En conclusion, les auteurs soulèvent la question de l'intérêt limité de la prothèse totale pour des pays où elle serait peu accessible et où le coût peut être prohibitif.


Source : lequotidiendumedecin.fr