Une solution hypertonique pourrait limiter la perte d'audition après un traumatisme sonore

Par Dr Véronique Nguyen
Publié le 09/05/2018
- Mis à jour le 15/07/2019
Oreille externe, interne, moyenne...

Oreille externe, interne, moyenne...
Crédit photo : Phanie

En visualisant la cochlée par une technique d’imagerie de pointe, des chercheurs ont précisé comment le traumatisme d’une onde de choc endommage l’audition chez la souris, et ont identifié un traitement potentiel. Leurs résultats sont parus dans les « PNAS ». Ce traitement potentiel est un soluté hypertonique injecté dans l’oreille moyenne juste après le trauma, qui se révèle minimiser la perte synaptique.

Nos oreilles sont fragiles. L’exposition au bruit intense, lié par exemple à une explosion, une arme à feu ou un concert, peut causer une perte auditive irréversible en endommageant les cellules ciliées sensorielles et leurs synapses. Présentes dans la cochlée de l’oreille interne, les cellules ciliées captent les vibrations sonores et les transforment en informations électriques transmises au cerveau par le nerf auditif. Or, elles ne se renouvellent pas. À leur pôle apical, les stéréocils baignent dans l’endolymphe (milieu riche en potassium), tandis que leur corps cellulaire est situé dans le compartiment périlymphatique (milieu riche en sodium).

Deux mécanismes sous-tendent la perte auditive induite par le trauma sonore

Pour mieux comprendre comment traiter le traumatisme sonore aigu, une équipe californienne a étudié des souris exposées à une onde de choc simulant une bombe artisanale. Ils ont examiné la cochlée dans les heures et les jours suivants en réalisant une série de tomographies en cohérence optique. Leurs observations révèlent deux mécanismes sous-tendant la perte auditive induite par le blast. La mort des cellules ciliées externes est immédiate et irréversible. Cependant, les lésions synaptiques surviennent plus tardivement, offrant une fenêtre thérapeutique. Durant les 3 heures suivant l'exposition au blast, le volume de l’endolymphe (liquide dans le canal cochléaire) augmente et s’enrichit en potassium. Les cellules ciliées libèrent alors un excès de glutamate, ce qui conduit finalement dans les 7 jours suivants à la perte de synapses.

« Cette augmentation de pression liquidienne dans l'oreille interne peut être ressentie après un concert trop bruyant. Cela se traduit par une sensation de plénitude des oreilles, ou par des acouphènes. Nous avons pu constater que cette accumulation de liquide est en corrélation avec la perte de neurones auditifs », remarque le Dr John Oghalai (chirurgie ORL, Université de Californie du Sud à Los Angeles) qui a dirigé l’étude.

Réduire le volume de l'endolymphe

Un traitement réduisant le volume de l’endolymphe, via une augmentation de la tonicité périlymphatique, pourrait minimiser la perte auditive. En effet, les chercheurs montrent qu’une simple solution saline hypertonique injectée à travers le tympan dans l’oreille moyenne des souris, une demi-heure après le blast, peut réduire (de 45 à 64 %) la perte synaptique. De plus, selon l’équipe, un tel traitement pourrait également aider les patients souffrant de la maladie de Ménière, un syndrome caractérisé par des crises de vertige et une baisse d’audition qui est due à une augmentation du volume de l’endolymphe.

« Je peux imaginer des soldats portant sur eux une petite bouteille de cette solution et l'utilisant pour prévenir les lésions auditives après l’exposition au souffle d'une bombe en bord de route », suggère le Dr Oghalai. « Ce traitement pourrait offrir également un traitement prometteur pour d'autres maladies de l'oreille interne qui sont associées à l'augmentation du volume de l’endolymphe, comme la maladie de Ménière. Nous envisageons de développer dans un avenir proche un outil optique pour visualiser l'oreille interne chez les patients, puis de l'utiliser pour identifier quels patients pourraient bénéficier au mieux du traitement », confie-t-il au « Quotidien ».


Source : lequotidiendumedecin.fr