Hydroxychloroquine et azithromycine : « Un effet protecteur contre Covid-19 pourrait réduire le flux de patients hospitalisés », indique le Pr Jean-Marc Tréluyer

Par
Charlène Catalifaud -
Publié le 15/04/2020

Crédit photo : S.Toubon

L'AP-HP lance un essai visant à évaluer le potentiel de deux traitements, l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, à prévenir l'infection Covid-19. Les premiers participants ont été inclus ce 15 avril. Le Pr Jean-Marc Tréluyer, de l’unité de recherche clinique Necker-Cochin (AP-HP)/Université de Paris, est l’investigateur coordonnateur de cette étude appelée PrEP Covid.

LE QUOTIDIEN : Quel est le profil des participants inclus dans l'étude ?

Pr JEAN-MARC TRÉLUYER : Au départ, nous pensions inclure uniquement des soignants en contact direct avec des patients Covid-19, avant d'ouvrir à l'ensemble des professionnels de l'AP-HP. En effet, plus de 3 500 infections ont été rapportées au sein du personnel de l'AP-HP depuis le début de l'épidémie. Le risque d'infection est lié à la fois au contact des patients mais aussi à l'impossibilité d'être confinés, ce qui multiplie le nombre d'interactions sociales.

Combien est-il prévu d'inclure de participants et comment doit se dérouler l'étude ?

Au total, 900 participants vont être recrutés au cours d'une période d'inclusion de 30 jours, avec 300 personnes dans chaque bras. L'étude comprend un bras hydroxychloroquine, un bras azithromycine et un bras placebo. Les participants vont être suivis pendant 40 jours.

Chaque traitement va être comparé au placebo. Si les deux sont plus efficaces que le placebo, ils seront ensuite comparés afin d'identifier le plus protecteur. Mais ce serait déjà extraordinaire que l'un des deux soit suffisamment efficace. Même si le risque d'infection n'est pas diminué de 100 %, un effet protecteur pourrait au moins permettre de réduire le flux de patients hospitalisés et qui arrivent en réanimation.

Nous espérons avoir des résultats d'ici 2 à 3 mois.

Pourquoi avoir sélectionné ces deux traitements ?

Il nous a déjà semblé important de savoir si une chimioprophylaxie pouvait être utile, en complément des gestes barrières, pour diminuer le risque d'infection Covid-19, comme cela se fait avec efficacité pour d'autres maladies infectieuses, telles que le paludisme ou le VIH.

Pour l'hydroxychloroquine et l'azithromycine, des expérimentations in vitro ont montré leur potentiel. Les mécanismes en jeu sont les mêmes en préventif et en curatif.

De plus, pour l'azithromycine, l'équipe du Pr Pierre-Régis Burgel à Cochin a remarqué que le taux d'infection Covid-19 était faible au sein d'une grande cohorte de patients atteints de mucoviscidose, alors que beaucoup sont sous azithromycine. Il s'agit d'un constat observationnel, mais cela nous a semblé intéressant.

Concernant l'hydroxychloroquine, d'autres équipes vont également l'évaluer en prévention.

Si d'autres molécules nous semblent intéressantes, nous ajouterons d'autres bras de traitement. L'essai est adaptatif.

Quelles sont les précautions prises pour garantir la sécurité des participants ?

En préventif, les doses nécessaires sont beaucoup plus faibles qu'en curatif. Par exemple, pour l'hydroxychloroquine, la dose est d'un comprimé de 200 mg par jour, alors qu'en curatif, il s'agit généralement de doses de 400 ou 600 mg. La dose de 200 mg correspond à ce qui est utilisé chez les patients ayant un lupus et pour laquelle les risques sont extrêmement faibles.

Toutefois, pour assurer la sécurité des participants, une prise de sang est effectuée à l'inclusion pour vérifier qu'ils ne présentent pas de troubles ioniques, et des électrocardiogrammes vont être réalisés sur toute la durée du protocole à J0, J2, J5, J15 et J40.

Par ailleurs, étant donné que l'hydroxychloroquine et l'azithromycine entraînent un allongement du QT, nous avons choisi de ne pas associer les deux.

Si l'essai est positif, qui pourrait bénéficier d'un tel traitement préventif ?

Tout d'abord les soignants qui sont en première ligne, mais aussi les autres professionnels exposés, comme ceux en contact avec un public.

Propos recueillis par Charlène Catalifaud

Source : lequotidiendumedecin.fr