Une étude brésilienne confirme que le paludisme est aussi une zoonose

Par
Damien Coulomb -
Publié le 01/09/2017

L'épidémie de paludisme qui sévit dans l'État brésilien de Rio de Janeiro est causée par un plasmodium que l'on croyait jusqu'ici spécifique au singe : le Plasmodium simium. C'est ce qui ressort de l'étude publiée par les chercheurs brésiliens de l'Institut national d'infectiologie Evandro Chagas dans le « Lancet Global Health ».

L'attention des chercheurs avait été attirée par l'augmentation du nombre de cas de paludisme attribués au Plasmodium vivax dans l'État de Rio, alors que la pathologie est censée y être éradiquée depuis 50 ans. Ils ont procédé à une analyse moléculaire des Plasmodium prélevés chez 33 des 49 patients humains recensés entre 2015 et 2016, afin de vérifier s'il s'agissait ou non d'une zoonose.

Un parasite proche du Plasmodium vivax

Sur les 33 échantillons prélevés, seuls 28 ont effectivement permis de réaliser une amplification du matériel génétique à l'aide d'une PCR. Tous se sont révélés être des Plasmodium simium. L'étude de l'ARN mitochondrial a, en outre, révélé la proximité entre le P. simium et le P. vivax d'Amérique du Sud, plus spécifique à l'être humain.

Pour les auteurs, il s'agit d'une « démonstration sans équivoque de la transmission zoonotique, 50 ans après les premiers rapports faisant état d'une transmission du P. simium à l'homme ». Ils précisent que de nombreux autres cas ont pu avoir lieu dans le passé, et ont pu être confondus avec une infection par le P. vivax, faute d'outils d'analyse moléculaire.

Un problème pour l'éradication

Le Plasmodium simium rejoint donc le Plasmodium knowlesi et le Plasmodium cynomolgi qui ont tous les deux prouvé leur capacité à infecter à la fois le macaque et l'homme. Le P. knowlesi est notamment responsable d'une part importante des cas de paludisme en Asie du Sud-Est. « Les cas de paludisme zoonotiques posent un problème aux politiques visant à l'élimination de la maladie car elles disposent d'un réservoir animal », notent les auteurs. Les symptômes associés à l'infection par le P. simium ne sont, en revanche, pas différents de ceux associés à celle par le P. vivax, de même que leur sensibilité au traitement par la chloroquine et la primaquine. Une inconnue demeure : la possibilité de transmission du P. simium d'un humain à un autre.

Concernant l'augmentation récente du nombre de cas, les auteurs précisent qu'aucune modification environnementale ne semble être à l'origine d'un changement de comportement des singes ou de l'Anopheles spp. Toutefois, la mode de l'écotourisme a contribué à rapprocher les humains des vecteurs porteurs du P. simium. Une majorité (82 %) des malades vit à Rio et a visité la région forestière de la côte Atlantique au cours de leurs vacances.

Intérogation sur l'identité du P. simium

Pour Georges Snounou, de l'unité « Infection & Immunité », (Université Pierre et Marie Curie et CHU Pitié-Salpêtrière), coauteur d’un édito accompagnant les résultats brésiliens, il n’existe pas de certitude quant à la distinction entre P. simium et P. vivax dont il ne pourrait être qu'une variante ayant évolué chez le singe. « Le Plasmodium simium, découvert dans les années 1950, a très peu été étudié », explique-t-il au « Quotidien ». Une seule souche a été isolée à ce jour, et les chercheurs ne disposent pas de connaissances de sa diversité. « Seul un ou deux gènes ont été séquencés, ainsi qu’un peu d’ADN mitochondriale. On n’a donc peu de preuves qu’il s’agit d’une espèce différente du P. vivax avec qui il partage de nombreux critères morphologiques : le sporozoïte notamment est presque identique. »

Ce n'est pas un simple détail que soulève Georges Snounou. Si P. vivax et P. simium sont une seule et même souche, alors on ne serait plus dans la situation du P. knowlesi - un parasite du singe qui ne se transmet pas d’homme à homme - mais dans celle d’un parasite humain impossible à éradiquer dans cette région où il dispose d’un réservoir animal.

Aucune transmission du P. simium d’homme à homme n’a été observée, ce qui semble militer en faveur de l’existence de deux souches distinctes. Un argument que tempère Georges Snounou : « Il est possible qu’il ne passe pas d’homme à homme parce que le parasite ne produit pas de formes sexuées chez l’homme, mais je pense surtout que, d’une part, le vivax n’est pas très pathogène et que, d’autre part, les patients sont peu nombreux et ont été traités avant que les formes sexuées ne se développent. » Il ajoute que « nous ne serons fixés sur la distinction entre P. Vivax et P. simium que lorsque l’on aura entièrement séquencé le P. simium ».


Source : lequotidiendumedecin.fr