Pr Maurice Giroud (neurologue) : « Il faut réinventer le suivi post-AVC et post-infarctus »

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Damien Coulomb -
Publié le 08/04/2019
AVC

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Crédit photo : PHANIE

À partir de septembre 2019, des neurologues et des cardiologues de la Côte-d’Or et de la Haute-Marne commenceront le projet DiVa (Dijon Vascular Project) qui associe infirmiers, pharmaciens et médecins traitant pour prévenir les complications après un infarctus ou un AVC. Le Pr Maurice Giroud (CHU de Dijon-Bourgogne), un de ses trois co-porteurs du projet, détaille au « Quotidien » cette initiative pionnière.

LE QUOTIDIEN : D'où vient l'idée du projet DiVa ?

Pr MAURICE GIROUD : Il y a plusieurs années, les cardiologues et les neurologues de la région de Dijon ont croisé deux registres régionaux, portant sur le suivi des patients après un AVC (Pr Yannick Béjot, chef du service de neurologie générale, vasculaire et dégénérative du CHU Dijon-Bourgogne) et sur le suivi post-infarctus (Chef du service de cardiologie). Nous avions constaté que la mortalité à un mois dans les deux pathologies était passée de 25 % à 9 % en quelques années, grâce aux améliorations de la prise en charge lors de la phase aiguë.

Dans le même temps, nous avons observé qu'au cours de la 1re année, 30 % des patients sont réhospitalisés, dont seulement 6 % pour récidive et 24 % pour complication. Ces réhospitalisations sont plus longues et consomment beaucoup d'examens qu'une hospitalisation pour AVC ou infarctus. De plus, le malade ressort avec d'avantage de séquelles. Il nous a paru important de réinventer un suivi post-AVC et post-infarctus pour les éviter.

Concrètement, en quoi consiste ce suivi ?

Tous les 3 mois, les patients bénéficieront d'une consultation de 45 minutes par des infirmiers formés au dépistage des facteurs de risque sur la base de scores validés. Les consultations de suivi post-infarctus comprennent une prise de tension, une mesure de la fréquence cardiaque, la recherche d'un œdème et d'un essoufflement… En ce qui concerne les consultations post AVC, les infirmiers recherchent, entre autres, une aggravation de l'hémiplégie, une dégradation du quotient intellectuel ainsi que d'autres signes neurologiques.

En cas de suspicion, le médecin traitant sera informé via la plate-forme en ligne eTICSS. Ce dernier pourra décider de recevoir le patient en urgence ou de déléguer des soins aux infirmiers du réseau. Nous faisons aussi intervenir les pharmaciens qui proposeront quatre séances d'éducation thérapeutique et de prévention de la iatrogénie liée aux anticoagulants. Ce parcours a pu être mis construit grâce à la collaboration avec les URPS Infirmières Libérales, Pharmaciens d’Officine et Médecins Généralistes. Nous pensons que cette organisation est très adaptée aux problématiques liées à la désertification médicale.

Il n'existe pas de cotation pour des consultations de prévention aussi longues. Comment rémunérerez-vous les infirmiers et infirmières participants ?

DiVa fait partie des 2 projets d'expérimentations à l’initiative des acteurs retenus lors de l'appel d’offres mené dans le cadre de l’article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale 2018. À ce titre, nous avons obtenu un statut de consultation dérogatoire et une rémunération des infirmiers et des pharmaciens au forfait.

Comment la pertinence de ce suivi sera-t-elle évaluée ?

Nous allons réaliser une étude médico-économique, dont la méthodologie sera arrêtée prochainement avec un premier scénario : la comparaison entre un bras suivi intensivement pendant 2 ans (430 patients post-infarctus et 430 patients post-AVC) et un bras de même taille bénéficiant d'un suivi classique, soit une seule visite obligatoire entre 3 et 9 mois après un AVC et une dans les 3 mois selon les recommandations après un infarctus. Le deuxième scénario consiste en une comparaison entre le bras intensif et les données nationales du SNDS. Des études préliminaires montrent qu'un simple suivi téléphonique diminue le taux de réhospitalisation de façon non significative certes, mais c'est encourageant.

Propos recueillis par Damien Coulomb

Source : lequotidiendumedecin.fr