Personnalisé, pluridisciplinaire, connecté, le parcours de soins en ville innove dans le cancer du sein métastatique

Par
Dr Irène Drogou -
Publié le 04/07/2019
cancer sein

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Crédit photo : S. Toubon

Comment adapter la prise en charge en ville du cancer du sein métastatique dans un contexte de virage ambulatoire et de chronicisation de la maladie ? Plusieurs innovations territoriales dans le parcours de soins ont été présentées lors d'une matinée organisée par le laboratoire Pfizer.

« Le parcours des femmes ayant un cancer du sein a commencé à changer dans les années 1990 avec le concept de proximologie, a expliqué le Dr Daniel Serin, cancérologue à l'Institut Sainte-Catherine à Avignon. Aujourd'hui, il existe un foisonnement de solutions qui se développent à l'échelon territorial. Il faut faire remonter ces initiatives dans les réseaux régionaux, qui sont fédérateurs des énergies. »

L'annonce, première étape-clef

L'annonce d'un cancer métastatique marque l'entrée dans le parcours de soins. Comment réussir cette première étape déterminante pour la suite ? Laure Gueroult-Accolas, fondatrice et directrice générale de l'association patients en réseau a présenté les résultats d'une enquête réalisée par le collectif 1310. L'enquête a comporté deux volets, l'un chez les patientes (n = 198) et l'autre chez les soignants (n = 90, dont 54 % d'oncologues et 25 % d'infirmiers).

« Il est important d'avoir en tête qu'il ne s'agit pas d'un duo patiente-soignant, a précisé Laure Gueroult-Accolas. Les deux enquêtes ont été lancées en parallèle et en aucun cas d'enquêtes croisées. Ce comparatif vise à identifier les points de convergence pour améliorer les consultations d'annonce. »

L'annonce du cancer métastatique représente soit une bascule du cancer du sein local vers une forme généralisée, soit une entrée dans la maladie par une forme d'emblée multifocale « La moitié des femmes n'a pas pressenti du tout l'évolution métastatique de la maladie », a rapporté Laure Gueroult-Accolas. Le temps consacré à l'annonce apparaît comme un élément déterminant. « C'est le critère qui ressort en premier pour une annonce “idéale”, a-t-elle expliqué. Le temps dédié doit être au moins 1 heure, alors qu’elle n'est que de 30 minutes en réalité. Une annonce en deux temps avec un 2e RDV est également souhaitée par 25 % des patientes et 40 % des soignants. Il y a aussi le souhait de mieux informer, mieux expliquer, mieux orienter vers les soins de support. »

Évaluation pluridisciplinaire et personnalisée

L'annonce en deux temps est déjà adoptée dans plusieurs établissements. « Un 2e RDV est systématiquement prévu 48 heures à 4-5 jours après l'annonce par l'oncologue, a expliqué le Dr Clémentine Villeminey, médecin généraliste responsable de l'interface ville-hôpital ATHOS dans le service de cancérologie du Pr François Goldwasser à l'hôpital Cochin. Ensuite, pour éviter les complications et les toxicités pouvant survenir sous chimiothérapie, thérapie ciblée ou immunothérapie, on prend un temps assez long pour évaluer de façon pluridisciplinaire et pour vraiment personnaliser les conseils. » En pratique, le patient est installé dans un box de consultation et ce sont les différents intervenants, – diététicienne, psychologue, oncologue, médecin généraliste – qui gravitent autour de lui. « Au final, cette approche conduit à modifier le traitement dans 66 % des cas et les ordonnances préventives dans 88 %, a annoncé le Dr Villeminey. L'efficacité et la tolérance sont améliorées pour une réduction du coût économique. »

Des solutions connectées pour suivre en ville

Les initiatives sont nombreuses et variées : consultation de suivi personnalisé des thérapies orales par les pharmaciens à l'Institut Sainte-Catherine à Avignon, programme e-Dom santé pour suivre les patientes en téléconsultation via le digital à l'Institut Bergonié à Bordeaux, projet pilote Ako@Dom dans la région Grand Est qui allie les infirmiers libéraux et un support numérique (appli et plateforme sécurisés), programmes d'éducation thérapeutique (ETP) en lien avec les réseaux de ville à Angers. Le sport peut être un facteur d'inclusion sociale et la CAMI sport et cancer référence des clubs sportifs partenaires sensibilisés qui permettent aux patients en traitement ou en rémission de poursuivre une activité physique. Quant à l'impact sociétal du cancer (poids financier, gardes d'enfants imprévues, etc.), c'est la préoccupation majeure d'associations telle que LIFE is ROSE.

Structurer et évaluer

Pour le Dr Daniel Serin, l'ancien président de la Société française de sénologie et de pathologies mammaires (SFSPM), l'enjeu actuel est de donner du sens à ces innovations du parcours de soins. « La recherche est nécessaire pour apporter de la crédibilité, a poursuivi le Dr Serin. Il faut une évaluation scientifique et rigoureuse pour garantir l'efficience et la reproductibilité avant un déploiement national. » Une étape nécessaire pour convaincre le corps médical et les décideurs. « Les médecins ne sont pas les premiers promoteurs, a-t-il souligné. Ce sont les malades, ceux qui en ont besoin. Les médecins ont douté au début de l'utilité des soins de support. »

« La cancérologie devient multiforme et intégrative, a analysé le Pr Ivan Krakowski, oncologue et président de l'Association francophone pour les soins oncologiques de support (AFSOS). Cela conduit à une complexité de l'organisation et du financement. Il y a une réflexion stratégique à avoir pour structurer les choses, harmoniser les soins de support et garantir un accès équitable. »

 

 

 

Rencontre Cancer et Citoyenneté, 2 juillet 2019, Paris. Pfizer, projet Seinchrone du programme Pact-Onco.


Source : lequotidiendumedecin.fr