Paris Healthcare Week : Buzyn attendue au tournant par la communauté hospitalière

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 28/05/2018
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Crédit photo : SEBASTIEN TOUBON

Demain s'ouvrira Porte de Versailles la Paris Healthcare Week, grand congrès annuel du monde hospitalier. À l'approche de l'annonce par le président de la République d'une vaste réforme du secteur, l'allocution d'ouverture d'Agnès Buzyn sera particulièrement scrutée par les managers et les médecins, tourmentés par les GHT, la pénurie médicale et la tarification à l'activité.

Agnès Buzyn empruntera pour la première fois en tant que ministre de la Santé les allées de la Paris Healthcare Week, salon de référence du monde hospitalier. Elle y prononcera devant un large auditoire un discours inaugural très attendu aux côtés de Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France (FHF). Un exercice qui pourrait paraître anodin mais qui, en cette période d'extrêmes tensions à l'hôpital et dans les services d'urgences, s'annonce plus délicat que prévu pour la locataire de Ségur.

Après l'annonce par le Premier ministre du projet de transformation du système de santé, c'est Emmanuel Macron lui-même qui devrait dévoiler début juin les détails d'une réforme de l'hôpital public dont il veut faire « un rendez-vous aussi important que celui de 1958 ». Après une telle déclaration, la communauté hospitalière se montre donc attentive aux prises de paroles gouvernementales. Et ne cache pas ses exigences. 

Les GHT, et après ?

Dans l'ensemble, praticiens et managers ont bien accueilli la mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT), restructuration enclenchée par la précédente équipe gouvernementale. Mais pour beaucoup d'entre eux, il est temps de passer à la vitesse supérieure. « Les GHT ne sont pas une fin en soi », prévient Jérémie Sécher, président du Syndicat des managers publics de santé (SMPS). Car pour les directeurs d'hôpital comme pour les praticiens, c'est toute la gouvernance territoriale de santé qui est à repenser. Présents à la conception du projet médical partagé, clé de voûte des GHT, les médecins craignent aujourd'hui d'être écartés des décisions relatives à sa concrétisation, par manque de poids politique à la tête des regroupements. Le Dr Norbert Skurnik, président de la Coordination médicale hospitalière (CMH), juge impératif d'« associer encore et toujours plus les médecins au projet médical ». Une revendication portée par une bonne partie des PH, qui souhaitent que la ministre rouvre ce dossier. 

Plus sceptique, le Dr Michel Dru, président du Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (SNPHARe), dénonce « une réforme plus axée sur le budget que sur un véritable projet de santé ». Et de prévenir Agnès Buzyn : une telle logique pourrait entraîner la fermeture de services satellites absorbés par un effet de concentration de l'offre alors même que le gouvernement planche sur une meilleure répartition des soins sur les territoires. Paradoxe ou volonté politique de réduire la voilure hospitalière ?

Charmer les jeunes médecins

L'attractivité des carrières est l'autre grande revendication des praticiens et des directeurs. Il y a urgence : 26,5 % des postes de PH temps plein et 46,1 % des temps partiels sont vacants. Si Jacques Trévidic, patron d'Action praticiens hôpital (APH), se dit satisfait du récent plafonnement des salaires des médecins intérimaires, il juge cette mesure très en deçà des besoins du terrain. Pas de quoi charmer les jeunes médecins ! « Nous réclamons la suppression des cinq premiers échelons de la grille indiciaire pour restaurer l'attractivité médicale à l'hôpital ! » insiste-t-il. La communauté attend également la reconnaissance des valences non cliniques, promesse qui manque au compteur du plan attractivité de Marisol Touraine. 

Côté finances, la proposition du gouvernement de réduire de moitié la part de la tarification à l'acte (T2A) semble faire l'unanimité. Seulement, le flou persiste sur les nouveaux modes de financement. Le projet de rémunération forfaitaire à l'épisode de soins, inédit en France, laisse les PH dubitatifs, voire inquiets.« L'hôpital traverse une crise financière aiguë et nous ne serons pas dupes de fausses mesures qui ne sont en fait que des astuces comptables », prévient le patron de la CMH.

Si, du côté des cliniques, la Fédération de l'hospitalisation privée (FHP) a pris les devants en déposant directement ses propositions à la ministre, leurs confrères du public n'en demeurent pas moins vigilants. Agnès Buzyn a donc intérêt à rassurer et, avec ou sans annonces, bien choisir ses mots. La lune de miel entre la respectée hématologue et ses confrères hospitaliers semble bel et bien terminée. Car derrière le médecin perce de plus en plus la politique. C'est en tout cas l'opinion du Dr Rachel Bocher, présidente de l'Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH), qui prévient : « que la ministre le sache : nous ne serons pas sensibles à une opération de communication ».

Martin Dumas Primbault

Source : lequotidiendumedecin.fr