PAERPA, le flop : pas d'impact mesurable du parcours des aînés, selon l'IRDES

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 18/07/2018
paerpa

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Crédit photo : S. Toubon

Quatre ans après son lancement dans neuf territoires pilotes, c'est l'heure de l'évaluation – en forme de bonnet d'âne – pour le Parcours des personnes âgées en risque de perte d'autonomie (PAERPA). Dans une étude détaillée, l'Institut de recherche et documentation en économie de la santé (IRDES) dresse un constat au mieux décevant de ce parcours de santé des aînés. PAERPA n'aurait pas d'effet significatif moyen ou mesurable dans les territoires qui le mettent à l'épreuve.

Sept indicateurs

Le déploiement de PAERPA a commencé en 2014 et cible les personnes âgées de plus de 75 ans avec un risque de perte d'autonomie. Il vise une coordination renforcée entre les professionnels de santé de premier recours pour faciliter le parcours de ces patients fragiles et polypathologiques. Parmi les outils clés mis en place : la coordination territoriale d'appui (CTA, un guichet unique dédié à la population visée) et le Plan personnalisé de santé (PPS), document sous l'égide du médecin traitant qui formalise la coordination médico-sociale.

L'objectif de ce parcours des aînés étant de limiter les séjours à l'hôpital et les mauvaises pratiques médicamenteuses, l'IRDES a utilisé des indicateurs adaptés. Cinq concernent le recours à l'hospitalisation (durée cumulée de séjour, réhospitalisation à 30 jours, séjours non programmés, hospitalisations évitables et passages aux urgences) et deux la médication (polyprescription continue et prescription inappropriée).

Deux méthodes d'analyse ont été mobilisées. La première compare l'écart entre les résultats de 2014 et ceux de 2016 sur les territoires PAERPA et en dehors. L'autre, plus précise, est nommée « mesure d'impact ». Elle évalue l'évolution d'un indicateur pour un territoire pilote avec le même chiffre pour son « témoin » (territoire choisi car ses caractéristiques socio-économiques et santé sont comparables à la région pilote).

Pas d'effet visible 

Premier constat : la description des tendances entre 2014 et 2016, sans contrôler les caractéristiques des territoires, « ne permet pas de mesurer l’impact des expérimentations Paerpa », résume l'étude. De fait, dans l'ensemble des secteurs pilotes concernés par PAERPA, tous les indicateurs hospitaliers évoluent défavorablement : réhospitalisations à 30 jours (+2,1 %), hospitalisations non programmées (+4,3 %), hospitalisations potentiellement évitables (+4,6 %), recours aux urgences non suivis d’hospitalisation (+17,8 %) tandis que la durée cumulée de séjours est restée stable. Surtout, la situation évaluée est parfois moins bonne que dans les territoires hors PAERPA (passage aux urgences, réhospitalisations), avec certes des différences selon les zones.

Seuls les indicateurs « médicament » sont bien orientés : baisse de 3,9 % de la polymédication continue et de 20 % de prescription inappropriée – mais sans écart majeur par rapport aux territoires « hors PAERPA ». Sur ce point, l'IRDES précise que « ces baisses sont en partie liées au déremboursement total ou partiel, à partir de 2012, de certains médicaments inefficaces dont les personnes âgées étaient grandes consommatrices (...) ».

Manque de maturité

Même en affinant l'étude grâce aux mesures d'impact (entre chaque territoire PAERPA et son témoin), on ne peut conclure à un bénéfice réel du parcours des aînés.

Dans trois territoires cependant, une évolution favorable est notable : l'Aquitaine et le Nord-Pas-de-Calais sur la polymédication et la Lorraine sur le recours aux urgences non suivies d'hospitalisation. Mais dans ces trois régions test, les acteurs locaux étaient organisés avant même le lancement du programme en 2014... Surtout, quel que soit le territoire considéré, il n’y a pas d’effet perceptible de PAERPA sur les deux indicateurs majeurs de recours à l’hôpital, à savoir la durée cumulée de séjours et les réhospitalisations à 30 jours. 

« Ce manque d’impact visible sur les indicateurs hospitaliers, notamment les réadmissions, interroge sur l’adéquation des outils mis en place pour réduire les hospitalisations, assène l'IRDES. Il serait légitime d’examiner d’autres leviers d’actions pour améliorer les pratiques hospitalières et pour faire progresser la coordination ville-hôpital afin de faire évoluer les dispositifs PAERPA. »  


Source : lequotidiendumedecin.fr