Opération de com' ou « plan sérieux » : à Bobigny, le plan santé d'Édouard Philippe pour le « 9-3 » divise

Par
Loan Tranthimy -
Publié le 31/10/2019

Crédit photo : Loan Tran Thimy

Dans une salle bondée de la préfecture de Bobigny en Seine-Saint-Denis (93), élus, syndicalistes et représentants des patients… s'impatientent. Ils attendent avec une certaine fébrilité les annonces du Premier ministre pour leur département. Un an et demi après la parution d'un rapport parlementaire dénonçant « la faillite » du territoire, Édouard Philippe présente ce jeudi 31 octobre des solutions destinées à « transformer massivement » ce département. Entouré de cinq ministres de poids (Jean-Michel Blanquer, Nicole Belloubet, Christophe Castaner, Laurent Nunez, Julien Denormandie et Agnès Buzyn), le chef de l'exécutif a annoncé dans un silence religieux 23 mesures pour « casser les spirales » et répondre aux « difficultés hors normes » rencontrées par les habitants de ce département, le plus pauvre de France.

Si la santé n'est pas l'axe central du plan du gouvernement, neuf propositions y figurent en bonne place. Le ministère de la Santé devra accompagner financièrement la restructuration d'un groupement hospitalier intercommunal (GHI), la modernisation de l'établissement public de santé (EPS) de Ville-Evrard, la rénovation d'Avicenne (Bobigny) d'ici à 2024. « Ces investissements très lourds vont donner un nouveau visage à ces établissements qui sont parfois dans un état de vétusté qui ne leur permettent pas d'accueillir dignement les usagers », a déclaré Édouard Philippe.

Le locataire de Matignon a aussi confirmé le soutien financier à hauteur de 58,5 millions d'euros pour d'autres opérations pour rénover les urgences de Montreuil, de Montfermeil et d'Aulnay-sous-Bois. L'engagement est aussi pris pour rénover les urgences de Saint-Denis. D'ici à 2020, le plan prévoit aussi l'installation de 6 équipements lourds supplémentaires (3 tomographes par émission de positons, 1 scanner et 2 IRM) sur l'ensemble du réseau hospitalier départemental. Pour améliorer la prise en charge du public fragile plus nombreux en Seine-Saint-Denis, l'État va débloquer une enveloppe de 10 millions au titre des missions d'intérêt général (MIG).

Pour lutter contre la désertification médicale (37 communes sur les 40 de la Seine-Saint-Denis manquaient de médecins en 2018 contre 22 en 2015), le plan propose « des aides à l'installation en prenant en charge jusqu'à 100 % de leur investissement », un dispositif spécifique mis en place par l'agence régionale de santé pour les zones fragiles. Pour fidéliser les jeunes médecins sur le territoire, le plan prévoit de doubler le nombre de maîtres de stage en médecine générale.

Élus et médecins prudents

Face à ces annonces, les élus interrogés par « le Quotidien » se montrent plutôt partagés. Co-auteure d'une lettre signée au printemps avec des élus de droite et de gauche pour dénoncer l'état sanitaire du département, la sénatrice (LR) Annie Delmont-Koropoulis, médecin généraliste toujours en exercice à Aulnay-sous-bois, se dit « globalement satisfaite » bien que le gouvernement n'aille pas suffisamment loin sur certains points. C'est le cas des aides à l'installation. « C'est bien pour renforcer le maillage territorial, analyse-t-elle. Mais il est essentiel de coupler cette aide avec une action forte contre l'insécurité des médecins libéraux. J'avais moi-même alerté le gouvernement il y a plusieurs mois déjà sur cette situation d'insécurité qui poussent certains à fermer leurs cabinets. » Idem pour le doublement des maîtres de stage… « Il faut que les places d'internes soient assurées dans les hôpitaux et que de véritables moyens soient garantis pour permettre aux professionnels encadrants de mener à bien leur travail », ajoute-t-elle. 

Député LFI de Seine-Saint-Denis, Éric Coquerel se montre quant à lui très prudent : « Il va falloir décortiquer ce plan. Le fait de financer à 100 % les investissements pour aider les médecins à s'installer, c'est une bonne chose mais cela ne va pas remédier au manque de médecins. » De son côté, le maire communiste de Stains, Azzédine Taïbi, se montre « déçu ». « Il n'y a rien de nouveau dans le domaine de la santé. Aucune réponse n'a été apportée et les médecins de Stains sont en souffrance. J'aurais aimé avoir un véritable plan avec des moyens humains et financiers comme des bourses incitatives pour fidéliser les jeunes médecins en Seine-Saint-Denis. »

Le Dr Thierry Gombeaud, président du syndicat des médecins du département (Union 93), regrette le manque de précisions de certaines mesures. « Il y a déjà des aides à l'installation conséquentes pour l'investissement immobilier. La région Ile-de-France verse jusqu'à 250 000 euros et l'ARS jusqu'à 350 000 euros. Du coup, quelles sont les conditions à remplir pour bénéficier des aides à 100 % pour éviter les effets d'aubaine ? », témoigne le gastro-entérologue installé aux Lilas.

Le Premier ministre a promis un « suivi à intervalle régulier » de ce plan jugé « sérieux ».


Source : lequotidiendumedecin.fr