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Santé publique

Obligation de vaccination : un an après, pari déjà gagné

Publié le 17/12/2018
Obligation de vaccination : un an après, pari déjà gagné

carnet sante
PHANIE

L'extension de l'obligation vaccinale défendue par la ministre de la Santé Agnès Buzyn est entrée cette année en vigueur pour tous les nourrissons nés après le 1er janvier 2018. Qu'en est-il sur le terrain un an plus tard ? Les premières estimations de Santé publique France (SpF) apportent des éléments de réponse, ainsi que deux enquêtes présentées lors des 22es JPIPA, l'une menée par l'Association française de pédiatrie ambulatoire (AFPA) et l'autre par InfoVac-France.

L'obligation vaccinale a entraîné une meilleure couverture vaccinale sur les vaccins concernés mais aussi sur les autres, selon les premières estimations de SpF sur le 1er semestre 2018. « Ce sont les tout premiers chiffres, a expliqué le Dr Daniel Lévy-Brühl, épidémiologiste à SpF. Nous disposons encore de très peu de données sur les enfants nés en 2018. Mais ces premières estimations sont encourageantes ».

L'évaluation de ces enfants nés début 2018, à partir des remboursements de vaccins entre janvier et mai 2018, concerne la 1re injection d'hexavalent à l'âge de 2 mois réalisée à partir de mars et la 2e à l'âge de 4 mois réalisée en mai. « Le pourcentage d'enfants vaccinés par un vaccin hexavalent est passé de 92 % en mai 2017 à 98 % en mai 2018 », a indiqué l'épidémiologiste de SPF. Pour les enfants nés en janvier 2018, la couverture vaccinale à 7 mois pour la dose à 5 mois du vaccin antiméningocoque C était de 75,5 % contre 39,2 % l'année dernière.

Au-delà des nourrissons, des effets collatéraux bénéfiques

La mesure ministérielle a eu des effets collatéraux pour d’autres vaccins dans d’autres tranches d’âge, comme le suggèrent les données sur les vaccins ROR, méningocoque C et HPV. « Les couvertures vaccinales bougent dans le même sens, a indiqué Daniel Lévy-Brühl. Le ROR à 14 mois a gagné près de 3 points, passant de 72,4 % en janvier-mai 2017 à 75 % en janvier-mai 2018. De même, le vaccin méningocoque C à l'âge de 14 mois a gagné plus de 5 points, passant de 56,8 à 62,4 % ».

La tendance est nette même si l'effet d'entraînement n'explique sans doute pas tout, d'autres facteurs ont pu jouer un rôle, notamment les épidémies de rougeole ayant sans doute facilité l'administration du vaccin ROR.

Pour les plus grands, les chiffres révèlent aussi un gain de couverture pour l'injection de méningocoque C chez les 2-5 ans (+1,4 %) et pour chacune des deux doses de vaccin HPV chez les 11-14 ans (+3,5 % et +2,7 %). « On observe un rattrapage chez les plus de 2 ans qui auraient déjà dû être vaccinés », a expliqué Daniel Lévy-Brühl.

Une étude récente publiée dans « Médecine et maladies infectieuses » vient confirmer et amplifier ces résultats. Cette étude, réalisée en ligne auprès de 1 000 mères d’enfants nés après le 1er janvier 2018, montre que la couverture vaccinale à 6 mois est en progression (+8 points pour l’hépatite B et +31 points pour le méningocoque). De plus, les mères semblaient plus favorables et plus informées sur les vaccins en 2018 qu’en 2017.

La confiance et la mobilisation semblent bel et bien remonter, comme le suggèrent également deux enquêtes. Si la méthodologie est différente - l'enquête Survey Monkey de l'AFPA ayant envoyé en février des questionnaires à 1 460 pédiatres libéraux de l'AFPA (663 réponses) et celle d'InfoVac-France reposant sur un questionnaire en ligne dans le bulletin mensuel du site en avril-mai (691 réponses, 50 % pédiatres et 50 % médecins généralistes) -, les réponses de ces deux études vont dans le même sens.

Une adhésion plus facile à emporter

Les pédiatres, qui soutiennent massivement (à plus de 90 %) l'obligation vaccinale selon l'enquête AFPA, considèrent que la mesure simplifie les relations avec les parents dans les deux études. Si les médecins généralistes estiment majoritairement que l'obligation n'a rien changé, ils sont dix fois plus nombreux à penser que les parents posent autant de questions selon l'enquête InfoVac France. Ils s'accordent avec les pédiatres sur le fait que les parents hésitants sont plus faciles à convaincre.

Pour le Pr Robert Cohen, pédiatre infectiologue et directeur scientifique d’InfoVac-France, l'obligation vaccinale a permis de rassurer sur la parole publique et de faciliter le dialogue entre médecins et parents. « Les antivaccins qui sont totalement opposés aux vaccins ne représentent que 2-3 % de la population, explique-t-il. La vraie difficulté est de gérer les parents hésitants, car c'est très chronophage. Si le doute est partagé par certains médecins généralistes, il reste cependant que la majorité d’entre eux fait confiance à la vaccination. Pour preuve, les enfants de médecins sont globalement mieux vaccinés que leurs patients. Comme pour la campagne sur les antibiotiques "les antibiotiques, ce n'est pas automatique", un double message, à la fois des pouvoirs publics et des médecins, est nécessaire pour convaincre les gens ».

Si les messages et recommandations des tutelles délivrés par le passé au grand public sont sévèrement jugés par les médecins dans l'enquête de l'AFPA - mauvais quant à la clarté des messages pour 75 % d'entre eux -, les choses sont en train de bouger. Après l'introduction de l'obligation en 2018, les autorités sanitaires entendent poursuivre la dynamique et relancer la promotion de la vaccination avec de nouvelles campagnes grand public courant 2019.

(1) R. Cohen et al., Med. Mal Infect., doi : 10.1016/j.med-mal.2018.10.004, 2018

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