À Marseille, hospitaliers et libéraux veulent désamorcer la « bombe à retardement » du renoncement aux soins

Par
Martin Dumas Primbault -
Publié le 22/04/2020

Crédit photo : APHM

C'est un nouveau signal d'alarme tiré par les soignants sur la question du renoncement aux soins. Les professionnels de santé marseillais libéraux et hospitaliers veulent à tout prix « éviter une deuxième crise sanitaire » après l'épidémie et se mobilisent en sens.

Mardi 21 avril, l'Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) et l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins libéraux PACA ont lancé conjointement une campagne de communication pour lutter contre la « bombe à retardement » du renoncement aux soins.

Ne pas briser les liens

« Confinés sauf pour votre santé ! » et « Ne brisez pas le lien avec vos médecins hospitaliers et vos médecins de ville », peut-on lire sur les deux affiches diffusées sur les réseaux sociaux, dans les médias et même dans les rues de la cité phocéenne.

Depuis le début de la crise, l'hôpital de la Timone enregistre seulement 110 à 120 passages par jour aux urgences contre environ 250 par jour en temps normal, rapporte Jean-Olivier Arnaud, le directeur général de l'AP-HM.

En dehors du Covid-19, « il y a un retard de prise en charge des autres pathologies », alerte le Pr Dominique Rossi, président de la commission médicale d'établissement (CME). L'urologue s'inquiète de l'arrêt quasi total du dépistage du cancer du côlon, des interruptions de traitement des maladies chroniques (diabète par exemple) et d'une baisse notable des cas d'accident vasculaire cérébral (AVC). Il faut faire « tomber les barrières » qui empêchent les patients de se présenter à l'hôpital, exhorte le PU-PH. « L'interruption, même temporaire, du suivi médical fait courir de très sérieux risques d'aggravation de l'état des patients », prévient-il.

L'hôpital se réorganise en ce sens. « D'ici à la fin de la semaine, un circuit sera opérationnel pour les patients externes, avec remise d'un masque, gel hydroalcoolique à disposition et bien sûr distanciation sociale garantie », assure Jean-Olivier Arnaud.

- 50 % chez les généralistes

La médecine de ville n'est pas en reste et partage le constat de cabinets vidés ou au ralenti. Le Dr Laurent Saccomano, président de l'URPS-ML, fait état d'une chute spectaculaire de fréquentation : -50 % chez les généralistes, -70 % à -80 % chez les spécialistes et même -100 % chez les anesthésistes et les chirurgiens. « S'il peut y avoir une compensation avec la téléconsultation chez les généralistes, ce n'est pas le cas chez les spécialistes », précise le médecin vasculaire. « Toutes les personnes doivent absolument renouer le lien avec leur médecin pour préserver leur santé », exhorte le praticien.

L'élu URPS alerte aussi sur les conséquences financières pour les cabinets libéraux. « Certains vont devoir licencier du personnel si la situation ne s'améliore pas », souligne le Dr Saccomano en écho aux craintes déjà exprimées par de nombreux syndicats et confrères.

Le soutien des pouvoirs publics est attendu. En articulation avec les mesures gouvernementales déjà prévues (chômage partiel, aides aux indépendants sous conditions), la CNAM étudie avec les différentes professions libérales de santé un mécanisme d’indemnisation pour compenser la perte d’activité (via le taux de charges). L'objectif est de couvrir certains frais parmi lesquels le « loyer, l'emprunt, les charges sociales et fiscales ». « Il y a des discussions en cours avec l'assurance-maladie en espérant qu'elles déboucheront sur une aide », veut croire le Dr Saccomano.


Source : lequotidiendumedecin.fr