La multiplication par 55 du prix Daraprim provoque une vive polémique aux États-Unis

Par Damien Coulomb
- Publié le 23/09/2015
- Mis à jour le 12/07/2019

Depuis lundi, une polémique fait rage dans les médias américains, suite à l’augmentation par l’entreprise Turing Pharmaceutical du prix du Daraprim, un médicament contre la toxoplasmose, de 13,50 dollars (12,12 euros) à 750 dollars (673,50 euros) par cachet. Le Daraprim est une molécule mise au point il y a 62 ans, fréquemment utilisée pour traiter les toxoplasmoses opportunistes chez les patients atteints d’infections à VIH ou le cancer. Turing Pharmaceutical a récemment acquis les droits exclusifs sur le Daraprim avant d’en augmenter spectaculairement le prix de vente.

Dernier développement en date : suite à la levée de bouclier des associations, de l’opinion publique, et même de la classe politique, l’entreprise a annoncé, par la voix de son directeur général Martin Shkreli, vouloir revenir sur sa décision. Martin Shkreli n’a toutefois pas précisé quel serait le nouveau prix du médicament, indiquant que cela serait décidé dans les semaines à venir.

Un entrepreneur « altruiste »

Lors d’une interview accordée à l’émission « CBS This Morning » mardi matin, Martin Shkreli s’est présenté comme un « altruiste » souhaitant « créer une grande compagnie pharmaceutique ». L’homme d’affaires avait dans un premier temps nié le caractère « drastique » de l’augmentation. « Cela dépend de ce que vous entendez par "drastique", s’est-il défendu, le traitement ne rapportait pas de bénéfice, et l’entreprise perdait de l’argent. Avec ce nouveau prix, nous réalisons un profit qui n’est pas excessif du tout. »

La candidate démocrate à la Maison Blanche, Hillary Clinton, s’est emparée de l’affaire et a attaqué l’industrie pharmaceutique sur le prix de certains médicaments dans un tweet qui avait contribué à la chute de l’indice Nasdaq des sociétés de biotechnologies de 4,5 %.

 

« C’est un prix abusif, a-t-elle dénoncé lors d’un déplacement dans l’Iowa, en même temps, les grandes compagnies pharmaceutiques reçoivent des milliards de dollars d’allégements fiscaux chaque année et gagnent des milliards de bénéfices chaque année. Et beaucoup dépensent plus d’argent en marketing et en publicité qu’en recherche. »

Dans un plan présenté mardi, la candidate démocrate prévoit de conditionner les allégements fiscaux de l’industrie pharmaceutique à un certain niveau de réinvestissement des bénéfices dans la recherche et le développement. Elle souhaite aussi plafonner à 250 dollars par mois (225 euros) les dépenses de médicaments non prises en charge par les assurances. Enfin, Hillary Clinton est favorable à l’importation de médicaments étrangers qui seraient moins chers, à condition qu’ils répondent aux normes américaines.