« Inqualifiable » : Buzyn dénonce l'intrusion de manifestants à la Pitié, le monde de la santé en émoi sur fond de polémique

Par Marie Foult
Par Anne Bayle-Iniguez
Publié le 02/05/2019
- Mis à jour le 15/07/2019

Agnès Buzyn a commenté ce jeudi avec gravité et émotion la tentative d'intrusion de manifestants à la Pitié-Salpêtrière (Assistance publique-Hôpitaux de Paris), mercredi, en marge des défilés du 1er mai. Des individus ont notamment tenté de forcer le passage dans le service de réanimation, comme l'a raconté rapidement un médecin de permanence. Une trentaine de personnes ont été interpellées.

« Extrêmement choquée », la ministre de la Santé s'est rendue ce jeudi midi sur place pour « soutenir les soignants » et constater les dégâts. « Les soignants ont tenté de raisonner les manifestants qui tentaient de s'introduire dans le service, leur expliquant que c'était une réanimation, et ils ont protégé la porte d'entrée, a indiqué Agnès Buzyn, à l'endroit où les évènements se sont déroulés. Je voulais donc redire que comme toujours, dès qu'il y a une pression, un évènement, une crise, les soignants sont toujours au rendez-vous, focalisés sur le soin et leurs malades. »

Prudente, la ministre a rapidement indiqué qu'il faudrait « vérifier » les circonstances de cette « tentative d'intrusion ». « On peut tout de même observer que les grilles de cet hôpital étaient fermées, cadenassées, avec un vigile. Il y a donc eu une volonté claire de forcer les grilles, puisque les chaînes ont été cassées », a poursuivi la locataire de Ségur. 

 

Sur Europe 1, elle a salué le comportement « très courageux » des personnels de l'hôpital qui ont eu « les bons réflexes » en voulant protéger les patients des intrus. « C'est la première fois qu'il y a une exaction à l'hôpital, c'est inqualifiable. Nous avons atteint un niveau de violence […] indigne. On atteint des sommets d'incivilité », s'est-elle indignée.

Le directeur général de l'AP-HP, Martin Hirsch, a évoqué de son côté sur France Info des « débordements gravissimes » et « inédits ». Le CHU a porté plainte ce jeudi. 

Le président de la Fédération hospitalière de France (FHF), Frédéric Valletoux, a également dénoncé sur Twitter un acte « inacceptable ».

 

Se mettre à l'abri

« Une limite intolérable a été franchie hier », s'est désolée la CSMF, qui affiche son « soutien total aux soignants ». « Les lieux de soins, que ce soient les hôpitaux ou les cabinets médicaux, ont toujours été des lieux de lien social d’une neutralité absolue. Même dans les périodes difficiles, voire les climats insurrectionnels, les lieux de soins ont été des lieux "sacrés", intouchables, réservés à apporter de l’aide à des personnes vulnérables », argumente le syndicat de médecins libéraux.

La polémique a toutefois enflé ce jeudi sur la dramatisation volontaire de ces incidents par l'exécutif. Une vidéo diffusée jeudi sur Facebook contredit en effet la version, défendue notamment par le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner, d'une « attaque » par des manifestants du service réanimation, en marge du cortège du 1er mai à Paris. Et selon plusieurs témoignages, les manifestants auraient tenté de se mettre à l’abri des gaz lacrymogènes...

Ce n'est pas la première fois qu'un hôpital est pris pour cible. Le 14 juin 2016, des vitres de l'hôpital Necker-Enfants malades avaient été brisées en marge d'un défilé contre la loi travail à Paris. Les dégâts avaient été attribués par les autorités à une « horde » de casseurs, mais les vidéos et les témoignages recueillis par plusieurs journalistes avaient pointé l' « acte isolé » d'un seul manifestant masqué.

[Article modifié et actualisé le 2/05/2019 à 17h ] 


Source : lequotidiendumedecin.fr