Congrès de l'IAS : les « ingrédients » à réunir pour contrôler l'épidémie du sida

Par Damien Coulomb
Publié le 23/07/2019
- Mis à jour le 24/07/2019

Crédit photo : Phanie

En 2017, le nombre annuel de décès liés à une infection par le VIH est descendu sous la barre psychologique du million, tandis que le nombre de nouvelles infections s'établit désormais à 800 000 contaminations par an, soit une diminution de 30 % par rapport à 2010.

Ces progrès ne sont toutefois pas homogènes : ils ont été particulièrement marqués dans plusieurs pays qui pourraient servir de modèle, selon un rapport dévoilé en session plénière, lors du congrès de la société internationale du sida (IAS) qui se tient du 21 au 24 juillet à Mexico. Les auteurs ont étudié la situation épidémique dans 6 endroits du monde : la Thaïlande, le Malawi, le district de Rakai (Ouganda), l'État de Nouvelle-Galles du Sud (Australie), Londres et San Francisco.

Pour Anthony Fauci, directeur de l'Institut National des allergies et des maladies infectieuses (National Institute of Allergy and Infectious Diseases), aux États-Unis, « nous disposons déjà des outils pour éradiquer l'épidémie, mais ce que nous essayons de faire avec ce genre de travail, c'est de trouver les moyens de les employer de la manière la plus adéquate ».

La Thaïlande, cas d'école

La Thaïlande est à ce titre, un exemple de réponse adaptée et pragmatique à l'épidémie : après l'explosion de la maladie dans les années 1990, un institut de surveillance a été mis en place en 1999, suivi des premières expériences pilotes de promotion du préservatif chez les travailleuses du sexe. « Le gouvernement fournit près de 60 millions de préservatifs chaque année dans le cadre de son opération "100 % condom" », explique le Dr Gregorio Millett, vice président de l'association pour la recherche sur le sida. En 1996, la Thaïlande a aussi été le premier pays à mettre en place un programme de prévention de la transmission du sida de la mère à l'enfant par la prescription d'azidothymidine. En juin 2016, elle est devenue le deuxième pays au monde, après Cuba, à éliminer la transmission mère-enfant.

Au Malawi, un programme de lutte contre le VIH a été lancé en 2006 et a dû composer avec des ressources locales limitées. Un programme de réduction des transmissions de la mère à l'enfant a permis une réduction de plus de 60 % de ce mode de contamination en 3 ans. Un programme de prophylaxie pré-exposition (PrEP) a également été initié, à destination des hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes, des couples sérodiscordants et des travailleuses du sexe. Les épidémies de Londres, Sydney et San Francisco, enfin, ont des profils relativement homogènes. Dans les 3 villes, des politiques cohérentes d'élimination ont été mises en place, portées par le dépistage communautaire, le « test and treat » et la PrEP.

À partir de ces exemples, les auteurs du rapport ont isolé les « ingrédients » à réunir pour contrôler l'épidémie : la promotion du dépistage, principalement à destination des groupes les plus exposés, un accès gratuit et facilité aux traitements dès le diagnostic et une intensification de la prévention du VIH via des méthodes adaptées (circoncision masculine, PrEP, stratégie de réduction des risques et des dommages chez les consommatrices de drogues injectables...).

Toutefois, et c'est un préambule cher au cœur des auteurs, ces approches « ne sont efficaces que si l'on crée les conditions de leur bon fonctionnement avec des programmes visant à réduire le risque de stigmatisation et de discrimination contre les malades et les communautés les plus exposées », insiste le Dr Gregorio Millett.


Source : lequotidiendumedecin.fr